Humeur


Un an déjà, je me préparais à partir en Nouvelle Zélande. C’était la joie et le bonheur avec le palpitant qui battait à tout rompre, comme à chaque départ et aventure promise.

Un an déjà que je n’ai pas mis les pieds dehors de France à cause du Covid et de tout ce qui tourne autour.

Un an que je n’ai pas mis mes désirs de découvertes à travers le monde à exécution. Le moteur de ces dernières années qui fait palpiter ma vie et donne du sel à la vie de travailleur de choc.

Un an que mes envies sont rognées et que j’ai l’impression de rogner ma liberté et ma personne. Vivre cette période comme une punition, comme un arrêt sur image.

Un an d’une vie qui m’est enlevée et qui n’a pas le sens que je désire. Un an de vie qui s’échappe, perdue à jamais et qui ne va pas dans le sens de mon histoire ou de la direction que je lui donnais.

Un an où la terre continue de tourner dans toute son absurdité et plonge le monde dans la dépression et la tristesse.

Un an qui ne rime à rien et qui ne donne guère de joies que celui de se dire que tout va bien, que l’on a échappé (jusqu’à quand ?) au Covid et que peut-être on en mourra, sans avoir accompli ce pour quoi la vie a un sens.

Je ne pleure pas l’année en elle-même mais l’absurdité de cette année où tout ce qui était fondamental pour moi s’écroule. Tout ce que j’ai mis dix années à construire est englouti par le Covid, par cette machination infernale créé par l’homme, contre l’homme et contre l’humanité.

Une année foutue en l’air et le compteur du temps tourne pour emporter toutes les joies qui la constituent.

Une année à ne pas voir ceux que l’on aime, ceux qui vous font rêver, ceux qui partagent un bout de chemin de mes jours ou de mes nuits, de mes folies, de mes colères, de mes pleurs, douleurs ou tout ce qui me palpite.

L’élan qui faisait partie de ma vie fout le camp et avec toute l’énergie qui la composait. Rogner ma liberté, cet axe vital, cette colonne vertébrale qui me donnait des ailes, me ratatine, limite mes mouvements, refreine mes envies et rabougrit la lorgnette de mon champs d’action.

Et comme la limitation me rend folle, cette époque est compliquée à supporter. On n’en voit pas le bout. Et le bout c’est quoi ? : les échappées oubliées, la mort, le rétrécissement de la liberté.

Pas capable de vivre sans mes ailes, sans ces voyages qui m’évadent du quotidien et me transportent loin de moi. Vous me direz que je peux voyager dans mes anciens pas, reparcourir ces voyages et ces pays visités. Tout est imaginable mais l’imprévu est ce qui palpite en moi.

Je pleure cette liberté perdue et me demande quand vais-je la retrouver et pouvoir à nouveau passer à l’action ?

Je voudrais être un oiseau, un goéland ou une grue cendrée pour faire un pas de danse sur ses longues pattes agiles,  virevolter avec ses ailes et pouvoir migrer d’un point de la terre vers un autre. Pouvoir traverser les montagnes, les fleuves et m’arrêter où bon me semble. Affronter les dangers et les surmonter. Jouer avec les colères de la nature et sortir survoltée, grandie. Rien ne me fait peur seul le rétrécissement de ma vie me fait peur. Il n’est pas dans mon scope et ne le sera jamais.

Enfant je rêvais d’être Livingston le goéland qui voguait au-dessus des océans. Aujourd’hui je voudrais être ce goéland pour m’amarrer à un bateau et faire la traversée de l’atlantique et pouvoir rejoindre Haïda ou Vancouver ; ou bien l’Inde et passer les frontières sans papier comme un migrant sans nationalité, errer les long des fleuves magiques comme le Gange, Mère de toutes les mers, le long de l’Indus au pied du Ladakh et courir jusqu’au Cachemire pour voguer sur le lac Dal en pirogue et revoir les champs surélevés sur l’eau et les magnifiques lotus. Palper les immensités de la Mongolie, humer les edelweiss qui peuplent les champs et que les yaks mangent par milliers. M’évader et pouvoir voguer où bon me semble. Courir dans les steppes du Tibet sur les plateaux recouverts de brouillard où l’on ne distingue plus les montagnes, les lacs bleus ou les terres arables. Pouvoir regarder le Tso-Moriri et se poser, là à humer l’air fuyant et rendant notre souffle court, et écouter les drapeaux de prière claquer au vent. Figer le temps et réciter des mantras pour éveiller mon monde. Om, Om Om, ce mantra écho de notre souffle. Regarder cette terre de sable jaune, ancienne mer devenue immensité, retournée dans tous les sens et faisant comme des pistes de skate ! Et rester là en méditation et vieux sage pour une éternité qui ne se nomme pas. Voler vers d’autres horizons comme les plaines du Canada où les champs de blé sont légion et à perte de vue. Traverser les Rocheuses et se poser sur les sapins pour humer les odeurs de baies sauvages. Entendre le bruit du vent qui s’engouffre dans les arbres et gèle la terre. Pouvoir d’un tire-d’aile me retrouver en Amérique du Sud et regarder la lune bleue ou jaune, hurler au loup et me glacer le sang. Regarder les glaciers du Perito Moreno qui bleuissent tout le long de la journée. Frayer les gros animaux comme les lions ou les gorilles qui vous donnent une belle leçon de vie en vous regardant !

Courir, couvrir ce monde inconnu ou connu. Sentir, se frotter à l’inconnu, découvrir les cultures qui un jour vous parlent et le lendemain s’éloignent de vous.

Partir, partir, oublier le quotidien, s’évader et se découvrir sous d’autres astres. Marcher, avaler des kilomètres, parcourir ce monde et aller de joies en pics d’adrénaline. S’approcher, s’éloigner, venir, revenir, atteindre l’objectif fixé ou bien le dépasser. Errer de continents en continents et revenir comme l’oiseau au bercail et s’y réchauffer.

Indienne, Népalaise, Birmane, Japonaise, Russe, Canadienne, Américaine, Italienne, Néo-zélandaise, je suis une femme appartenant au monde, infinie goutte apportant un peu de sa vie aux autres et se découvrant dans chaque pays parcouru. Un pays, une image, une sensation, un sentiment d’appartenance ou bien ce sentiment d’oublier qui l’on est et de devenir ce que l’on n’est pas. Se Surpasser ou pas mais revenir autre pour sûr !

Danser, tourbillonner, oublier qui je suis, ne plus penser, devenir autre, se réincarner et avoir déjà vécue à des endroits les plus inattendus de la terre.

Parcourir Patan comme une népalaise et se sentir si bien dans cet élément et ce pays. Mon cœur a dû y vivre dans une vie antérieure pour sentir la terre népalaise comme la mienne et me glisser dans la foule comme faisant partie d’elle. Parcourir le Ladakh comme une ladakhi et regarder l’étrangeté de ce pays, son côté « ups and down » comme disent les ladakhis qui le caractérise tant et ces hauteurs qui vous rendent fous et vous coupent le souffle.

Ressentir la terre des Amérindiens comme sienne alors qu’on n’y a jamais mis les pieds, et même impression pour la culture maorie si proche du monde amérindien à mon sens. En fait comprendre que toutes nos cultures ne font qu’une et nouent toutes les cultures et les hommes en un seul et unique monde.

Palpiter et entendre mon cœur et mon esprit battre au contact de l’étranger. Chaleur de l‘étonnement, de la découverte et envoutement de la vie ailleurs, de la vie qui ne ressemble en rien à ce que je suis chez moi, sur ma terre natale cette France qui me ressemble tant et que je renie souvent. Je suis de toutes les terres et tellement française par ailleurs.

Je suis aussi toutes les religions qui parcourent le monde. Parfois orthodoxe voire beaucoup ! Russie, Liban, je hume ces ors, l’odeur envoutante de l’encens et ses Saints ! Tout autant hindouiste ou bien bouddhiste dans les terres indiennes où je chevauche la « Baghavad Gita ou le Mahabharata » avec autant de joies que de trépignement – transport, oubli de soi, appartenance, révélation d’une part de soi ; chamane en Mongolie le long du lac Khövsgöl ou bien sur les rives du Baïkal qui palpite en moi, coule dans mes veines ; chrétienne sur mes terres ; juive en Israël ; ou bien athéiste et agnostique quand bon me semble.

Caméléon je suis et me revendique. La terre est une parcelle de moi ou plutôt l’inverse. Chaque pores de mon corps porte un peu de ce monde et de ces enchantements. Je vogue et jouit de toutes ces contrées et m’oublie en elles.

Souvent l’envie de rentrer dans mon pays se fait sentir, d’autrefois je recule à l’idée de rebrousser chemin et je suis alors tordue de douleurs de m’arracher à une vie qui me seyait.

Partir, partir, l’appel du grand large se fait mien et plus pressant de jour en jour. Comment résister et supporter cette attente inédite et ravageuse. Comment mettre mon impatience dans un mouchoir et mettre cette attente en berne. Je n’ai pas de réponse mais cela m’oppresse. Alors je rêve sur mon canapé de grands chemins, de paysages irréels, de lieux inconnus. Et je décolle pour une immensité ou un pays de cocagne !

Ainsi va la vie actuelle ! Elle rogne mes ailes, ma liberté de mouvement et m’étreint dans un carcan de vie qui fait exploser tous mes rêves.

Aujourd’hui j’ai le cœur et le corps en hiver. Tout s’écroule et avec le temps mes belles illusions foutent le camp.

Paris le 8 novembre 2020.

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