Byblos – Jbeil au Liban


20 ans après je me retrouve sur les routes qui mènent à Byblos, Jbeil de son nom libanais.

Nous traversons tout Beyrouth, pour atteindre une autoroute à trois voies, qui mène vers le nord du Liban, vers Tripoli. Autoroute bondée de voitures qui quittent Beyrouth pour les fêtes du Nouvel An. Les trous sur la route font partis du folklore local et le chauffeur joue à rouler au milieu des voies comme tous les beyrouthins. Il faut déjouer les trous et surtout éviter tout carambolage ! Un vrai sport auquel je ne souhaite pas participer en tant qu’acteur !

Comme tout a changé en plus de 20 ans ! Les montagnes entre Beyrouth et Jounieh sont recouvertes d’immeubles et la montagne ressemble à un champignon immobilier. La ville est tentaculaire tellement elle s’est étendue. Les monastères sont maintenant presque ensevelis et cachés par cet immobilier grappillant toutes les terres et le moindre espace disponible. Je suis soufflée par ce changement. C’en est oppressant ! Le téléphérique qui relie la mer et les montagnes passe à travers des immeubles ! Incroyable mais vrai !

Et puis nous continuons notre trajet et arrivons à Byblos. Queue, klaxon et attente sous la pluie.

Le soleil qui irradiait Beyrouth s’est transformé en pluie, brume et grisaille à Byblos. Avec  le chauffeur de taxi nous faisons trois fois le tour du port et de la rue qui longe la citadelle tellement la pluie est forte et drue. Je me demande si je vais pouvoir sortir de la voiture et pouvoir m’imprégner du site. Et au bout du troisième tour, n’en pouvant plus, je me jette sous la pluie pour aller visiter la citadelle tant rêvée depuis quelque temps.

Les souvenirs affluent au fur et à mesure que je pénètre dans la citadelle. Et puis je m’aperçois que j’avais oublié beaucoup de choses ou qu’en 1997 elles n’étaient pas accessibles. Mais ce lieu mythique était resté fortement imprégné dans ma mémoire. Un sentiment très présent était en moi et me tiraillait, me rappelant de revenir ici à Byblos.

Pour entrer dans la citadelle quatre colonnes doriques font front à la rue et indiquent que vous êtes bien sur le site archéologique découvert par Ernest Renan et Maurice Dunand.

En premier lieu vous devez gravir des marches pour rejoindre la forteresse ottomane qui fut construite sur le château des croisés qui est devenue un musée où l’on expose des copies qui se trouvent aujourd’hui au Musée National de Beyrouth.

Pour avoir une vue circulaire du site, grimper en haut de la forteresse offre une vue impressionnante sur l’étendue du site (dix hectares). On peut admirer le site dans sa totalité, voir la mer, les vagues qui se jettent sur le sable à quelques mètres de nous, la ville et la montagne si proche. Et j’aperçois cette maison dont je me souviens si bien et qui me donne envie malgré la pluie de m’en approcher. La brume rend le paysage insolite comme cherchant à se protéger des hommes, de la guerre et des absurdités de l’histoire.

Les murs de la forteresse sont impressionnants par la taille des pierres empilées les unes sur les autres et surtout consolidées par des mortiers de granit – longue colonne de granit gris intégrés dans le mur pour renforcer ces derniers.

Plus de 7000 ans d’histoire nous regardent ! Et beaucoup de légendes hantent le site – celle d’Adonis, et d’Osiris entre autre. Et en même temps je contemple cette histoire et ce lieu avec beaucoup d’émotions comme si une vie antérieure m’avait fait parcourir cette histoire. Comme si j’appartenais à ce site et y revenir était un bienfait qui mettait du baume au cœur et au corps. Un moment entre deux temps comme j’aime à l’écrire.

Ici phéniciens, égyptiens antiques, grecs, romains, ottomans se sont succédé. Ils ont laissés des traces qui se sont superposées, les unes sur les autres, comme pour empiler l’histoire et nous faire comprendre le passage des cultures différentes à travers les siècles sur ce site !

On peut ainsi y trouver des lieux où l’on enfouissait des sarcophages : on taillait la pierre pour creuser le sol et on remplissait le tout de sable. On posait le sarcophage dessus et pour le faire descendre dans le trou, on déblayait le sable pour le faire descendre dans l’espace réservé, comme un ascenseur aujourd’hui le ferait ! Impressionnant comme méthode ! Ainsi on pouvait empiler plusieurs sarcophages les uns sur les autres ou à côté des autres ! Une tactique d’enfouissement hyper moderne pour l’époque. On a pu ainsi retrouver des tombes funéraires où se tenaient des jarres avec des fœtus couchés dedans.

Le joli théâtre romain de Baalat –Gerbal ou temple de Bacchus selon notre guide. Il est tout petit et en même temps très joli car orné de plusieurs petites niches comme des mini temples. Il fait face à la mer. L’endroit est magnifique et reposant. Surtout quand le soleil fait son apparition !

Non loin de là une nécropole enfouie sous terre abrite, dans des puits menant aux tombes, celle du roi de Byblos dit Abi-Shemou (19e avant JC).

Au fur et à mesure que nous avancions dans notre visite le soleil se pointait et nous irradiait de ses rayons, nous réchauffant. Et d’un ciel gris, pluvieux nous avions la joie de voir le soleil, le ciel bleu et la chaleur revenir. Tout s’éclaircissait comme si Dieu nous reconnaissait.

Quel bonheur alors de déambuler à travers les chemins balisés et visiter le site, seule. Humer cet endroit et me sentir comme chez moi ! J’ai refait le tour à pied de la forteresse en la longeant par son flanc arrière proche de la ville. Puis je me suis éloignée pour rejoindre tranquillement la maison libanaise traditionnelle – futur musée de Byblos. Cette dernière est sur un promontoire et permet d’avoir une vue sur la mer, les alentours de Byblos et sur le site archéologique. Je serais curieuse de revenir lorsque le musée sera ouvert. Dans vingt ans qui sait ?

Puis je suis allée jusqu’à la mer – rien que pour entendre mugir les vagues, tapant la roche et regarder ce bleu turquoise et verdoyant irradié de soleil. Les nuages se jouant du soleil et du ciel bleu rendant le site encore plus envoûtant pour moi. Je suis restée là à humer l’air et ressentir une douceur, un bien-être. Mémoire, souvenirs d’un lieu qui avait marqué mes vingt-cinq ans !

Puis j’ai rebroussé le chemin à travers les colonnes romaines tout en mirant la maison locale et le site incroyable de Byblos. Les quelques palmiers me faisaient penser aux fresques égyptiennes des temples de Louxor.

Puis je suis sortie de la citadelle calme, rassérénée et tellement contente d’être revenue sur ce lieu antique qui avait marqué ma jeunesse.

Comme quoi le bonheur de revenir sur des lieux déjà vus rehausse de couleurs un voyage et vous permet de revenir sur des traces anciennes qui sont les vôtres et qui palpitent dans votre mémoire comme des êtres chers.

Et puis Byblos c’était aussi le charmant petit port dont les chaloupes des pêcheurs foisonnaient – aujourd’hui je dirais que ce sont les chaloupes pour les touristes ! Et le café Pépé si connus des stars et starlettes du monde entier. Ce port garde son charme malgré les voitures qui sont partout !

Et l’église Saint marc – une petite merveille avec sa crèche à l’extérieur, son art roman si pur et son jardin avec ses oliviers anciens et le chat pour vous persifler.

Le retour sur Beyrouth fut magique avec la vue sur la baie de Jounieh mais surtout celle de la capitale. On l’aperçoit de loin et surtout elle s’étend sur des kilomètres comme une longue langue de terre tentaculaire avec ses immeubles tous en hauteur.

Janvier 2019

Catégories :Liban, Moyen-OrientTags:, , , , , , , , , , , ,

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