Ode au Ladakh – épisode 1


2013-12-01 00.06.59

« Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve » Guy de Maupassant

« Lors de mon premier séjour, le randonneur (…) que j’étais fut totalement séduit : l’Inde m’a surpris, excité, fasciné, transporté. Depuis lors, elle n’a jamais cessé de m’ébahir ; j’espère que cette capacité perpétuelle qu’elle a d’étonner et de ravir le voyageur est, du moins, transmise par cet ouvrage. » William Dalrymple (l’Âge de Kali)

Ode à la nature ladakhi !

« Om Om Om, Om Mani Padme Hum » !  

Mantra d’Avalokiteshvara

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Tout commence au Ladakh par ce mantra …. « Om Om Om, Om Mani Padme Hum » 

Ce « Om » ponctue le matin, le midi, le soir, la journée, la prière, la marche, le tour de stupa, toute réflexion… Il emplit le corps et l’esprit d’une respiration profonde et remplit tout l’espace y compris cette nature ladakhi.

Om est une vibration interne. Interne à soi mais à la nature aussi. C’est la vie, le jour, la nuit, la mort, la naissance…. Om est un tout sous forme de lotus qui fait le cycle de la vie. Il est la mère, la mer et la terre. Il est un tout qui touche, fait frémir le monde bouddhique et le mien. Om !

Je reviens d’un monde où pour moi, plus rien n’a la même résonance, le même goût, la même saveur ou le même écho. Les espaces sont immenses. Tout y est majestueux, grandiose, grandiloquent. La nature offre un visage de démente, de démone. Elle se fragmente en montagnes où les plus grands cols affrontent les vallées ; où les plus grands fleuves du monde descendent du Tibet et arrosent ses terres minérales, la rendant féconde vestale. Le long des fleuves, un majestueux filet de verdure se répand, oasis de frêles peupliers où les hommes, les animaux viennent s’y blottir, se regrouper et se réfugier.

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Les glaciers sont là à narguer les hommes à chaque col. Les vents glaciaux font comme des écharpes, autour de nos corps pour nous geler sur place.

Ce monde n’a plus la même taille : il est gigantesque comme Gargantua ! Il écrase les hommes et les façonne à sa matière. Il les rend malléable et humble.

Le sable, un des éléments du monde ladakhi, venu dont ne sait où, virevolte en pleine montagne. Les tornades de sable volent le long du fleuve Nubra. Ils recouvrent la vallée d’une poussière blanche, qui entre par tous les pores de nos peaux ; nous revêtent d’une fine pellicule grise, sorte de masque dont la sensation est de piquer, gratter les yeux et de faire pleurer !!! Mais il éblouit aussi…

On dirait que ce monde a été travaillé à la serpe, aux coups d’épées et aux moulins à vent de Don Quichotte et Sancho Pansa. Les montagnes ont été soulevées par des mouvements tectoniques de plaque. Elles ont été érodées par les vents, les pluies des moussons successives, les fleuves et leurs rapides tourbillonnants. Elles sont comme griffées, peignées, érodées, raclées, pliées. Elles font des vagues ou bien ressemblent à la lune comme du côté de Lamayuru. Juste un endroit au milieu de nulle part, tout jaune avec des ronds creux, comme les soucoupes volantes que nous connaissons d’elle à travers les photos de satellite. C’est par ailleurs un lieu majestueux où nous restons bouche bée, tellement le site est inattendu et sublime au milieu de nulle part

Toutes les couleurs d’une palette d’un artiste peintre sont représentées – éventail allant du marron clair au plus foncé en passant par les verts, jaunes, mauves, roses et rouges.

Des cratères se forment aussi dans les montagnes. Ils sont recouverts de sable. On dirait des aéronefs qui se mirent dans le ciel d’un bleu azur et dont les tâches noires font croire à des extraterrestres, qui ont atterris sur notre planète Ladakh.

Dans les hauteurs l’homme se retrouve face à des lacs comme Pangong ou bien, Tso Kar, Tso Moriri. Ces derniers offrent des plages. La couleur de l’eau est en osmose avec les cieux, les nuages et le soleil. Elle peut passer du bleu turquoise, émeraude à un vert très foncé ou bien un gris miroir. Le lac peut être bariolé de différents bleus, mauve, gris foncé, mirage du soleil. Des vagues se forment et l’on se croirait devant la mer avec le bruit du flux et reflux. Là aussi cette interpénétration fait que tout devient incroyable et la lumière se joue de nos humeurs et de celles de ces lacs. On dirait qu’ils se mirent dans les reflets des cieux et des nuages, essayant de capter et de retenir les rayons du soleil. On ne sait plus où est la limite entre le ciel, la terre et l’eau. Tout se confond en un unique « Om ».

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Les nuages, eux-mêmes, viennent se lover dans ces crêtes, lécher les hauts des montagnes et couvrir les plaines et les vallées. Parfois ce sont des trainées de moutons qui s’amusent à étoiler le ciel ou bien jeter une écharpe pour nous rappeler qu’ils existent ! Qu’ils savent enchanter nos rêves et nos yeux.

Parfois les montagnes ont des échancrures, des cheminées de fée, qui comme des doigts rabougris, tendus vers le ciel, tentent d’attraper les nuages ou les oiseaux qui passent, pour les enserrer comme un aigle peut le faire entre ses griffes. La montagne est aussi taillée en forme de dentelles, comme polie et vernis, et des fées dansent, rivalisant avec le ciel. Parfois elles ressemblent à un visage d’homme ou bien à un corps allongé se pavanant au froid et à la neige ; ou bien comme des phallus narguent le ciel et la terre pointant leur sexe raide et droit comme un i en l’air. Ou bien elles prennent la forme de deux mamelons érectiles, pointés vers le ciel. La montagne se fait alors érotique.

Par ailleurs elles s’enchevêtrent et forment une danse comparable à une valse lente, se rejoignant et s’étreignant dans les vallées. Ou bien elles forment des orgues, des pitons et des cônes, qui nous jouent un morceau choisi, pour nous ravir et nous ensorceler. Le vent se jouant des sons.

Ou bien des fumeroles sortent de ses entrailles dans des lieux où les geysers rappellent ceux du Chili de l’Atacama.

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Puis par moments lasse de s’étreindre, elle dégueule des morceaux d’elle et fait dévaler des roches, des rochers, de gros cailloux ou d’énormes pierres. On entend alors glisser des pans de montagne comme lorsque l’on glisse sur le sable dans le désert. Il chante ! A ce moment-là, on a juste le temps de se carapater ou de se blottir dans un recoin pour éviter de disparaitre. Elle devient alors méchante et colère. Elle tue et montre sa puissance. Avant de se rendormir jusqu’à la prochaine folie de ses flancs. « Om » !

L’homme a essayé de la dompter, de la façonner, de la travailler et lui a endommagé ses flancs à coups de dynamite. Il a créé des routes et la montagne s’est rebiffée. Elle continue de montrer qui est le maitre de céans ! Tous les ans elle oblige ces minuscules fourmis, les hommes, à se confronter à elle. Rien ne change d’une année à l’autre. Elle bouleverse, renverse, tonitrue, se métamorphose mais ne lâche pas prise. Elle remet sans cesse à l’ouvrage ses formes sans se lasser !

Et puis le spectacle s’adoucit et devant nous les cimes enneigées, éternelles, nous regardent, nous appellent, pour que nous les hommes, les embrassions. Et puis du haut des sommets, des sillons partent et descendent jusqu’aux vallées, formant des raidillons colorés, rose, orange, marron, gris foncé et sable. Ces strates se superposent et rendent le paysage féérique. Des plateaux déclinent vers le fleuve à travers des gorges abruptes. Ou bien ils s’inclinent en douceur devant le cours d’eau ou les torrents.

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