Zanskar quand tu nous adoptes ! – épisode 7


Repartant vers Padum, nous quittons Karsha, à grands regrets, et traversons le seul pont de fer qui enjambe le Zanskar. Comme il est grand, large, gris de limon et impressionnant. Ce fleuve est agité, remuant et bouillonnant. Et arrivant sur Padum, à mes yeux apparait un champ de riz en forme de joli cœur vert, surplombant le Zanskar. Je bondis de joie. Dame nature, parfois, duplique des cœurs, par hasard, et vous les donne à admirer. C’est un clin d’œil à la vie, à l’amour et au bonheur de se trouver là, juste à ce moment-là. Le soleil vient à lécher les montagnes et commence à descendre sur la vallée, pour rendre la roche encore plus marron foncé, striée. Les contrastes sont édifiants ; Elle peut se parer de toutes les couleurs de marron, gris, blanc, sable, semblable à une terre volcanique par endroit. Le Zanskar en tibétain veut dire cuivre blanc ! Pas étonnant ! A la mesure de son nom.

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Puis nous reprenons notre quête sur la route qui mène à Bardan. On longe la rivière Tsarap, pleine de limon, dans les canyons creusés par cette dernière. Devant notre vue défilent des temples, des villages accrochés aux flancs des montagnes. Et sur un piton rocheux se trouve le monastère de Bardan. Il domine la vallée de chaque côté et semble en être le gardien. Il nous faut alors gravir des marches, à n’en plus finir et avoir une vue plongeante sur la Tsarap. On peut d’ailleurs la voir à travers les moulins à prière qui constituent une partie du mur. Encore plus pittoresque! En finissant la grimpette sportive, rendue difficile par le souffle court, on arrive devant l’entrée du monastère. Nous tombons sur un chien, gardien du temple, qui à force d’aboiements, de sauts et de grognements, effrayera plus d’un. Le moine viendra à notre secours pour calmer l’animal. Et là ma vue sera arrêtée par la grande roue du moulin à prière, d’une beauté qui fend le cœur. Les lettres « Om » sont gravées en cuivre et auréolées de têtes de lion et de boules, de fleurs et de corps de femmes, de chevaux galopants et d’éléphants saints. C’est touchant et émouvant. Le monastère est empli de superbes fresques représentant des déités, moines ou des rois. Les fresques ont attirés mes yeux et je ne peux m’en détacher.

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Nous avons continué jusqu’à Reru et avons arrêté notre périple là. Le guide refusant de prendre des risques, pour aller à pied jusqu’à Phugtal, à mon plus grand regret. Vingt-cinq kilomètres qui à ses yeux étaient trop durs pour moi. Nous avons bu un thé sous une tente improvisée, le long d’un ru, dont le son de l’eau me rafraichissait et calmait ma frustration. Le jardin était fait de jolis arbres et de petits peupliers. Le retour vers Padum aura été interrompu par les travaux sur la route, éboulements des roches, explosées par l’homme et sa dynamite. On se sent à nouveau petits devant la nature que l’homme cherche à dompter. Puis de retour à Padum, je resterai à regarder le Zanskar, son eau tumultueuse où je mettrais mes pieds, comme à mon habitude, et au grand dam de certaines personnes. J’ai besoin de la communion avec cette nature plus forte que moi. J’ai besoin de la sentir sur moi, en moi. J’ai besoin de l’envoûtement qu’elle me porte. L’état de transe qu’elle charrie me procure un calme intérieur. Assise sur les galets, les pieds dans le fleuve, gelant et vivifiant tout mon corps et mon âme à son contact. J’ai pu ainsi admirer la vallée du Zanskar dont le ciel noir de colère recouvrait doucement l’ensemble du paysage. Le soleil essayait de se procurer quelques espaces pour jeter ses rayons sur les pauvres hommes que nous sommes. Le ciel est devenu de plus en plus noir, à se demander si un orage ou un tourbillon n’allaient pas tout emporter.

 

Était-ce toute ma colère qui déroulait sa vague sur le fleuve, sa bave de serpent qui ondulait au gré du vent et qui emplissait l’air de gris, noir, vent sableux. Et moi je mirais les galets recouverts et entourés de sel, magie de la nature. Cela me faisait repenser au caillou sorti de nulle part, attirant mon regard, à Sonmarg, avec cet œil jaune introspectif. J’avais trouvé incroyablement beau ce jaune sur la pierre noire, ressortant dans l’eau bleue. On pouvait voir les yaks, brouter le peu d’herbe salée, qui poussait le long du fleuve. Les chevaux sauvages se carapataient au plus vite, loin de cet endroit maudit par l’orage. La tempête et l’orage s’approchaient de plus en plus de moi. Les nuages étaient lourds et au fond, une tornade grise noire virevoltait au-dessus du fleuve. Elle se rapprochait de l’endroit où j’étais assise à me geler les pieds. Chacun rentrait au plus vite chez soi pour éviter cette force de la nature. Et moi j’attendais, je m’offrais à cette folle nature qui vous soulève, et vous fait sentir sa force, comme la main de l’homme sur votre corps. Je dansais et oubliais le froid qui me mordait. Je chantais à tue-tête comme si le diable s’extirpait de moi. Le vent giflait mes joues et je me sentais revivre, vivifiée par cette nature empreinte de spiritualité, de compassion et de violence. Je revenais à Dame Nature, faisant offrande de mon corps. Dame Nature endiablée comme les montagnes et les plaines du Zanskar, parcelle de terre ravagée au bout du monde.

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Paris – Padum  Aout/Décembre 2014

 

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