Zanskar quand tu nous adoptes ! – épisode 1


En ce joli mois d’octobre qui vient de tourner au gris plombé de novembre je me remémore le voyage au Zanskar.

J’en oublie l’humeur aigre de Paris composée des soubresauts politiques, de la tristesse environnante, ponctuée des absents, qui envahit l’atmosphère de nos vies. Je repars sur des lieux qui me font palpiter, vibrer et me ramènent à ma quintessence première : respirer, marcher, rejoindre de magnifiques paysages, être en osmose avec la nature et m’envoler dans d’autres contrées éloignées de mes préoccupations existentielles. Seuls moments où je m’autorise à vivre pleinement mes plaisirs. Une vie de voyages serait ma complétude !

Voyager dans ma tête est une échappatoire à la vie réelle et je me souviens de ce livre « Marcher dans sa tête ». J’ai oublié le nom de l’auteur, vingt ans après l’avoir lu, voire plus, mais le titre du livre est bien ancré en moi. Il me fait l’effet de revenir très souvent dans ce schéma, de me projeter dans des lieux du monde que j’affectionne le plus.

C’est comme écouter la musique des « Quatre Saisons » de Vivaldi lorsque j’écris. Je voyage aux travers des sonorités des saisons et m’envole vers des lieux magiques.

Le Zanskar en est un, parmi d’autres, que je chéri tout particulièrement en Himalaya.

Pour atteindre cette région aride, ventée, glaciale en hiver, il faut la mériter. Les routes sont ouvertes quatre mois dans l’année et rejoindre Padum relève de l’exploit. Je me sens comme une Alexandra David Néel partant à la découverte du Tibet, d’un monde peu fréquenté par les humains occidentalisés, sur des routes de hautes montagnes parsemées de glaciers, surplombant les grands fleuves voluptueux, charriant des limons marron foncés, force de la nature, pouvant changer la configuration du monde qui nous entoure. Mais avant d’atteindre la majesté de ces paysages, il y a un premier arrêt obligatoire, la ville de passage forcé.

Il me faut rejoindre Kargil la ville détestable, la musulmane, à la porte du Pakistan, éloignée de 15 kilomètres et qui n’a point d’âme, ville carrefour, commerciale, sans chaleur. Je me souviendrais toujours, en 2013, de ma première venue et de mon effroi en déambulant dans Kargil. Je me suis sentie absolument nue comme un ver, déshabillée par ces hommes qui me cernaient, lorsque me promenant dans ses rues, je ne croisais que concupiscence, envie de rapaces, pas de sourires, mais des regards envieux. Je ne suis, pour eux, que la représentation d’occidentale blonde, libre, qui marchait en ville les cheveux au vent ! Je voulais juste me familiariser avec ses habitants. Même les quelques femmes croisées, n’avaient pas de sourires à offrir, enturbannées dans leurs foulards. Elles étaient comme dépourvues d’expression, des êtres humains sans douceur ni saveurs, des pantins articulés … Même les petites filles, dans leurs foulards, n’offraient pas de joie de vivre. Elles étaient le pâle reflet de leurs mères. Pas un sourire, pas un signe de bonheur enfantin, pas un bonjour, rien de ce qui caractérise le peuple bouddhiste au Ladakh. Cela m’avait fait froid dans le dos et l’idée de revenir là me glaçait. Mais que ne faut-il pas faire pour atteindre le Zanskar, sorte de Graal et de porte du bonheur pour moi. Le cœur de l’Himalaya, un lieu magique où mettre mes pieds, mon âme et m’enfoncer dans les sillons des grands chemins de dame nature. Porte ouverte en moi pour marcher dans ma tête et trouver mon approche, accroche de la vie.

Une fois quittée cette ville de garnison, que j’exècre, de passage entre le Ladakh et le Cachemire, nous voici partis sur une route longeant la rivière Suru qui mène à des villages typiques. Nous sommes très vite arrêtés par une fête religieuse musulmane, dans un village entre Salaskot et Sanku. C’est jour de fête et tous les villageois endimanchés, des environs, se rejoignent pour suivre ce festival. Il faut dire que nous sommes en plein pays musulman et que la population prône les effigies de l’ayatollah Khomeiny. Cela parait étrange mais c’est la deuxième fois, dans cette région, autour de Kargil, que je côtoie ces images. A chaque fois l’effroi me submerge, me fait froid dans le dos, m’inspirant le dégoût pour ce radicalisme et cet intégrisme religieux copiés à l’Iran. La route est alors fermée, coupée et nous prenons par des sentiers qui nous font traverser des villages que nous n’aurions jamais vus. La découverte en est presque miraculeuse, entre les champs verts de riz et les champs d’orge moissonnés, couleur jaune paille. C’est la période des récoltes. Les femmes s’activent à moissonner dans les champs, à rassembler l’orge, le faire sécher en vue de la rude saison d’hiver. Les enfants portent à bout de bras les fagots et les bords des routes sont recouverts de l’orge dorée, qui sèche au soleil, tout le long, et qui rend le paysage parsemé de blond. Des tas, partout, sur les ruelles et les chemins de campagne avant de recouvrir les toits plats des maisons. Nous suivons le fleuve dont les flancs sont couverts de peupliers verdoyants et sur les pourtours, des champs de riz encore verts agrémentent notre vue. Seules ces surfaces vertes tranchent avec le reste du paysage rocailleux, sec avec les pics enneigés d’une pureté étincelante. Les montagnes sont penchées, sablonneuses, marron foncé, couvertes d’une fine verdure. On pourrait imaginer de grandes pistes de ski. Mais point de neige en cette période de l’année. Seules des cascades abondantes coulent des flancs des montagnes et abreuvent les fleuves en amont. Nous finissons par atteindre le coin de Kartse Khar où je découvre avec émerveillement le grand Bouddha, Maitreya, le Bouddha futur. Il est l’équivalent de celui de Mulbekh, moins connu, plus haut (7 mètres) et qui surplombe la vallée et les petits êtres que nous sommes. Il a le bras droit plié et sa main repose sur son plexus solaire. Il date du 7e ou 8e siècle. Des enfants du coin nous font la visite guidée, tout en longeant le ru, admirant le  Bouddha. Je m’amuse à leur faire des grimaces et à les faire rire. Pour finir je leur donnerais des pommes à déguster et ils partiront ravis. Devant ce Bouddha je me sens toute petite et son visage est si pur qu’il me ferait pleurer. Comment a-t-on pu créer, dans pareil endroit, esseulé, un Bouddha au regard aussi souriant et bienveillant ? Mystère est Bouddha en ce jour.

 

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