Zanzibar – La mer et les coquillages


La mer est aussi un spectacle à elle-même. Elle est d’un blanc transparent, avec des endroits bleutés, foncés et argentés, de couleurs turquoises vert clair. En particulier quand le ciel est bleu et que le soleil darde ses rayons. Lorsque le ciel devient gris la mer se transforme en une étendue d’acier avec quelques spots blancs. Elle s’agrémente alors de reflets violets, gris. Au loin on peut admirer les roulis des vagues plus ou moins fortes selon le vent. Cet endroit marque la fin de la fosse de corail et la démarcation avec le plein océan. En bateau il faut passer cette barrière de corail pour voguer pleinement. On peut alors remarquer les felouques surfant sur les vagues. Lorsque la marée est haute et que la mer se retire au loin, un autre spectacle s’offre à nous. Les rochers font surface. Rochers qui s’apparentent, pour certains, à des formes de crocodiles rampant sur le sable. Des interstices créent des zones où la mer est piégée et où l’on peut trouver des étoiles et araignées de mer, des éponges de mer aux bras tendus vers le ciel, des coquillages ou des oursins aux épines très longues. Les zanzibarites ne mangent pas les oursins comme les Bretons ! Ils les laissent grandir, enfler, au grand dam des touristes qui se plantent les pieds dedans ! Dieu que cela fait souffrir une épine d’oursin !! Des petits échassiers viennent picorer dans ces mares, des alevins, des crevettes ou des petites algues. On peut assister à une danse d’échassiers, penchant leurs têtes, se dandinant de droite, de gauche, comme les Shadocks de mon enfance, pompant la surface de l’eau, parcourant la plage à découvert. Et s’envolant à tour de rôle pour se rendre sur d’autres spots de pêche. La plage de sable blanc s’étire alors sur des kilomètres. On peut voir des troncs d’arbre qui ont vogués sur l’océan et ont fini par s’échouer juste à nos pieds. On aperçoit aussi sur les roches fossilisées des dessins de gros coquillages ou bien d’éponges stylisées. On dirait des œuvres de Basquiat sans les couleurs ! Seul le sable les recouvre et renforce les plis ou les dessins pour les faire éclater au grand jour.

Quand la mer est basse, les felouques sont alors immobilisées sur les bancs de sable et attendent la voile claquant au vent que l’océan se réapproprie son chemin et les remettent à flot. Des sortes de petits catamarans en bois s’échouent sur le sable et restent au repos. Les oiseaux les envahissent pour chaparder un bout de poissons. On entend piailler et se bagarrer les oiseaux noirs. Des lézards ou bien des tous petits caméléons jaune gris-vert passent rapidement et fuient le soleil pour se rapatrier sous les rochers. Il peut arriver parfois de croiser un serpent noir qui se faisait bronzer au soleil – sorte de memba et là on court très vite, la peur au ventre ! En se répétant comme un mantra « pourvu qu’il ne me suive pas » ! Mais lui est encore plus effrayé que nous et il passe son chemin. Il a disparu aussi vite qu’il est venu ! On entend aussi le clapotis des vagues, agitées par le vent, qui comme une musique douce nous berce.

Au gré du vent, de mes inspirations et de mes balades sur la plage j’ai réuni toute une collection de coquillages et en ai fait un tableau. C’est devenu un jeu, une drogue que de vouloir ramasser les coquillages qui jonchaient le sable des plages. J’en cherchais toujours des plus beaux, des plus colorés, des plus petits aux plus gros, des plus atypiques.  Et je l’ai ai ramené chez moi pour sentir la plage, la mer, le vent, le soleil, la détente et le bonheur trouvés sur l’ile de Zanzibar. On y découvre le bonheur de l’instant présent, la plénitude de cet instant présent. On retourne à la plénitude de l’enfant qui vient de naitre.

J’ai ainsi ramassé des amandes de mer, noires ou vertes, ouvertes ; des avec des formes enroulées en spirales ; des cônes dont le corps est marron rosé et le haut plat avec des spirales blanches dentelées ; des tellines orangées ; des murex marron et blanches avec ses picots trapézoidales ; des colus blancs ; des cônes alphabet dont la décoration ressemble à un tissu brodé, tacheté de points marron comme les léopards ; des cônes verts ; des tritons ; des porcelaines blanches ; des demis volutes tachetées de rose ;  des coquillages en forme d’amphore, de polygone, d’obus ou d’olive ; d’autres représentant des grosses boucles d’oreilles pendantes, et tant d’autres, dont j’ignore les noms, mais qui me font rêver et voyager.

Le coquillage est le lieu intérieur lié à la mer mais aussi à la mère.  La mer revient à la fonction de pourvoyeuse de vie, à la mère qui protège les siens. La mer est un pèlerinage et représente autant la naissance que l’après-mort du défunt, avec son retour à l’eau comme dans la religion hindouiste (Le Gange symbole de la mère). S’y crée alors une douceur et une intimité qui ramène aux rêves et aux refuges de notre enfance. Ses formes protectrices, ses couleurs rosées, tout prête au développement de la vie, de l’être et à l’accès de sa profondeur et de sa renaissance, lieu de transformation intérieure. Quand on porte le coquillage à l’oreille, on entend le flux de notre sang que l’on compare aux flux et reflux des vagues, les éternelles marées de la vie, naissance et renaissance. C’est à dire la vie. Le symbole est fort puisqu’il nous lie à notre intimité et à notre intériorité. Et voire même à l’origine de l’humanité et l’origine du petit être vagissant, expulsé du ventre de sa mère. Le coquillage est comme une femme qu’on aime et comme la beauté, on peut les posséder, mais ne jamais percer leur mystère. Le coquillage est lié aussi au sexe de la femme car beaucoup sont des coques bi-valves qui s’entrouvrent et dévoilent des chairs. Elles rappellent deux grandes lèvres ouvrant sur un inconnu de chair si bien peint par Courbet dans « L’origine du monde ». Il est l’origine du plaisir mais aussi de l’existence, le lieu d’où un homme vient et où il ne cesse de vouloir revenir pour s’y fondre de plaisir et ne former qu’un. Mais où tout reste mystère pour lui.

En Inde le Dieu Vishnu portait un coquillage, symbole de l’océan, du premier souffle de vie et du son originel. Il est l’origine du monde et en même temps il est issu du coquillage. Il est à la fois la mère et la fille de la création et de la créature, la source et le but dans le mouvement de spirale de son enveloppe. Il renvoie à la notion d’immortalité spirituelle et d’éternité. A l’intérieur du coquillage se trouve une perle qui pourrait être Lakshmi.

Si l’on songe à la Bhagavad Gita, le bruit des conques, gros coquillage blanc, ébranlant ciel et terre, déchire le cœur des amis de Dhritat âshra et déchire la terre.

Au Tibet la Conque dont le souffle ou le son, fait partie du rituel des prières des moines bouddhistes, aident à appréhender la paix intérieure, la pureté, en faisant disparaitre tous les bruits pollueurs qui interfèrent dans le cerveau de l’homme. Ce son est mêlé à d’autres sons pour atteindre le son primordial et la vérité. Souvent, Bouddha est représenté avec des oreilles allongées, en forme de conque, évoquant l’écoute intérieure, le fait de savoir se taire, d’apaiser, de méditer et de s’ouvrir à la source de la vie.

Le coquillage évoque aussi les grands voyages car pour arriver sur une plage il a fallu à ce dernier traverser des océans pour parvenir à s’accrocher à un rocher, s’y développer et y mourir. Ils représentent aussi les grandes évolutions intérieures et extérieures. Mais il est fragile car sa coquille peut se casser, se briser sur le sable et échouer. Le petit mollusque qui se trouve en sa coquille,  va alors mourir. Toute la fragilité du monde et de l’Humanité est illustrée là.

Zanzibar représente toute cette fragilité, tant dans son écosystème, tant dans le mélange des religions que des peuples et des animaux qui la constituent. Saura-t-il rester préservé ? Echappera-t-il aux soubresauts de notre monde ? Seul l’avenir et peut-être la sagesse des hommes et des femmes zanzibarites feront que cette ile de Beauté restera intacte.

Paris le 28 juin 2017

(voyage effectué en février 2017)

Catégories :Afrique, Non classé, TanzanieTags:, , , , , ,

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