

En visitant la maison atelier Lurçat, j’ai découvert la villa Seurat qui est une impasse se situant dans le 14e arrondissement de Paris, donnant sur la rue Tombe-Issoire. Endroit où de nombreux artistes ont vécu et d’un calme olympien.
La voie est ouverte, faite de pavés, lotie et bâtie par Schreibmann en 1924-1926, sous le nom de « cité Seurat » et conçue comme une cité d’artistes, qui regroupe plusieurs ateliers ou hôtels particuliers pour différents artistes. Seurat est un peintre.
Car en 1899, le terrain qui deviendra la villa Seurat est occupé par des hangars et des écuries.
Et surtout c’est un véritable musée à ciel ouvert.
Elle court sur 130 mètres de long et 6 de large.
Cette impasse devient un laboratoire d’architecture expérimentale sorte de pendant de l’impasse Gauguet qui ouvre sur la rue des Artistes à proximité.
Jeux des volumes, épure, sobriété décorative, prépondérance de la ligne, abandon de la symétrie marque une conception architecturale moderniste qui tend vers un dépouillement ornemental. Les enduits en façade sont abandonnés, les moulures absentes. Béton armé, ciment et briques, matériaux bruts valorisés deviennent des éléments de décoration.
Vingt numéros la composent. Neuf ont été réalisées par André Lurçat, le frère de Jean Lurçat (1,3 et 3 bis,4,5,6, 8,9 et 11).


Le projet est mené à bien grâce au réseau de Jean Lurçat : Marcel Gromaire, Edouard Goerg, Pierre-André Bertrand, Arnold Huggler, Just Bachelet et Chana Orloff puis plus tard Robert Couturier viennent y habiter. André Lurçat reçoit la majeure partie des commandes.
Aux huit villas d’artistes et hôtels particuliers qu’il construit entre 1924 et 1928 viennent s’ajouter la maison-atelier de Chana Orloff par Auguste Perret en 1926 et la maison du sculpteur Robert Couturier par Jean-Charles Moreux en 1938. Cet ensemble de maisons constitue l’un des premiers lotissements à l’esthétique revendiquée par l’avant-garde.
L’impasse, qui prendra le nom de villa Seurat, accueillera d’autres artistes importants comme Dali, Jean Vilar, Mario Prassinos, Chaïm Soutine, Anaïs Nin et Henry Miller.
Partons à la découverte des maisons.
La Maison Townsend au numéro 1, construite en 1926 par André Lurçat pour l’écrivain américain Frank Townshend fut entre 1932 et 1932, la demeure de Salvador Dali et Elena Ivanovna Diakonova dite Gala. Au numéro 1bis, se trouve la maison du sculpteur Robert Couturier par l’architecte Jean-Charles Moreux.




Edifiée en 1925 également par André Lurçat, la maison à la façade bombée dite Goerg et Gromaire aux 3 et 3bis, accueillait les ateliers du peintre pointilliste Marcel Gromaire et du peintre expressionniste Édouard Goerg. La maison Jean Lurçat au 4, dont je vous ai parlé, a été érigée en 1924. Elle fut le lieu où les Montparnos se réunissaient pour parfaire leur projet architectural.

La maison du peintre Pierre Bertrand au 5 et celle du sculpteur Emile Bachelet au numéro sont également l’œuvre d’André Lurçat.

Au 7bis, la maison-atelier de la sculptrice Chana Orloff 1888-1968) est l’œuvre des architectes Auguste et Gustave Perret en 1926. Précurseur de l’utilisation du béton armé structurel, Auguste Perret s’est illustré par des compositions constructive et décorative. Cette villa marquée par la structure des poutres en béton déploie une vaste verrière en façade. Elle se visite sur rdv.
Les simples volumes géométriques avec fenêtres d’angle de la maison de mademoiselle Quillé au numéro 8 illustrent le goût de l’épure d’André Lurçat. Au numéro 9 se trouve l’atelier de Madame Bertrand et au 11 celui du sculpteur suisse Arnold Huggler, tout deux signés par André Lurçat en 1926.
Au 15, un pavillon plus récent des architectes Maillard et Ducamp date de 1963.

Si le numéro 16, est moins intéressant sur le plan architectural, il est la demeure de 1934 à 1937, du compositeur Maurice Thiriet (1906-1972) plus connu pour ses musiques de films dont Les visiteurs du soir de Marcel Carné.


Au numéro 18, Michael Fraenkel (1896-1957) philosophe et poète héberge de 1931 à 1939, Anaïs Nin et Henry Miller qui y débute la rédaction de ses fameux Tropiques, rejoints un moment par l’écrivain Lawrence Durrell. Au dernier étage de 1933 à 1934, ils ont pour voisins Antonin Artaud ainsi que le peintre Chaïm Soutine qui y installe quelque temps son atelier en 1937. Le peintre Mario Prassinos sera aussi l’un des résidents de cette maison. Au numéro 20, proche des Montparnos s’est installé le peintre d’origine italienne Alberto Magnelli (1888-1971) et au 22, le psychanalyste Michel de M’Uzan (1921-) a vécu et exercé.







Et en reprenant le bus j’ai découvert une autre impasse plus petite en largeur et plus sombre mais avec quelques effets amusants. villa vertu je crois)



Puis plus loin une architecture plus classique sur la rue d ‘Alésia mais très belle aussi.


Il faut absolument se rendre dans cette impasse car on est loin et hors du monde.
A bon entendeur salut !
Paris le 12 juin 26
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