
Hier soir retour à Langues O un grand voyage avec deux femmes qui nous parlent de leur parcours littéraire et de voyageuses à travers le monde.
L’ordre du jour est sur le déclencheur du voyage, le voyage au féminin, le rapport aux langues et la quête du voyage, ainsi que les ancrages.
Ces deux femmes explorent le monde pour de courtes ou longues périodes et sont inspirées par le voyage. Elles vont nous faire part de leurs expériences, de leur vécu, et des livres écrits sur le voyage.
Je dois dire que cette soirée m’a porté et m’a remis dans la dynamique du voyage qui me fait vibrer, des langues qui sont les moyens d’échange et revenir à Langues O a été un retour aux sources de mes études de russe et de serbo-croate, entre autres. Revivre, respirer seront les maitres mots de cette soirée.
Mais revenons à la conférence qui m’a donné des ailes.
Nous parlons ici de voyage au féminin.
Pour elles le déclencheur des voyages c’est l’instinct de survie, le besoin de liberté intransigeante qui point en nous et qui fait qu’un brasier fulgurant vous pousse à partir. C’est un feu intérieur, une maison en feu qui vous prend et vous met sur les chemins de la vie.
La question aussi est de savoir pourquoi on part ?
Voyager c’est partir vers l’inconnu, c’est larguer les amarres du quotidien, c’est exprimer sa liberté, c’est perdre ses repères, c’est l’urgence pour survivre et le désir d’ailleurs qui entraine vers les autres et un monde différent.
Qu’est-ce qui à un moment a enclenché ce désir de voyager ?
Les lectures bien sûr ! Et là on se retrouve devant toutes les lectures de femmes exploratrices à des époques où les femmes se cantonnaient à la maison et aux tâches ménagères : Isabelle Eberhardt exploratrice suisse d’origine russe, si bien racontée par Edmonde Charles Roux avec ses deux tomes ; Ella Mailard et ses voyages en voiture à travers le monde ; Alexandra David Neel au Tibet. Elles ont marqué toutes les générations de femmes aventurières.
Pas de contingentement, pas de questionnement sur le danger…. Partir et vivre sa passion !
Vivre au plus proche de soi même !
C’est aussi une réponse à la mort pour lui échapper et aux petites douleurs ou grandes douleurs de la vie. Lucie et Blanche ont toutes les deux perdues un membre de leur famille. Blanche faisait le parallèle avec Isabelle Eberhardt dont le frère s’est suicidé. Blanche ayant écrit un livre sur Isabelle Eberhardt comme pour montrer son attachement à cette femme libre dont elle ne peut se détacher. C’est faire face à la douleur et vivre en vérité, être honnête avec soi-même. Blanche parle du désert avec son silence car on n’a pas toujours envie de parler de ses douleurs. Le désert entre autres peut aider à guérir.
C’est aussi la curiosité qui pousse à voyager. C’est une histoire d’amour avec un pays. Lucie parle de cet amour pour l’Iran après avoir vécu très longtemps en Inde. Et je comprends très bien ce qu’elle dit pour l’avoir vécu moi-même pour l’ex-Yougoslavie, la Russie où j’ai travaillé quatre années et l’Inde et le Népal où j’ai bourlingué des années. Cela ne s’explique pas c’est un appel et rien ne vous retient. La peur ne retient pas, même si on vous en parle tout le temps. On n’emporte pas la peur avec soi en voyage. On avance, on est projeté dans un projet nouveau qui vous pousse à vous dépasser ! Car l’obsession de sécurité vous empêche de vivre ce que vous désirez au plus profond de vous. La voyageuse part en conscience et n’a pas peur. C’est l’entourage qui a peur et essaye de vous retenir. Et chaque voyageur sait qu’il part mais qu’il va revenir dans un lieu qui lui ressemble, qui l’attend. C’est du vagabondage. Il sait qu’il a un ancrage quelque part et qu’il fait bon y revenir pour mieux repartir.
A l’étranger on a ses rituels comme Lucie avec sa tasse de thé et lorsque l’on se retrouve chez soi on a ce même rituel. Lucie dit que le thé épouse la culture qu’elle soit russe, japonaise, iranienne, chinoise, marocaine ou algérienne de manière différente mais c’est une porte, un fil d’ariane et c’est en même temps un ancrage pour soi.
Quand on voyage on est différent : votre voix est différente car vous parlez une autre langue qui n’est pas notre langue maternelle. La langue aussi fait partie du voyage. La langue avec qui on nait et celle que l’on apprend nous permettent de nous évader. La langue vous fait réajuster votre propre vue sur les choses. Voyage et langue sont liées et la voix change quand on parle une autre langue. Cela nous met dans une épreuve d’humilité, d’oubli de soi.
Pourquoi a-t-on appris cette langue ? Pour le rapport d’altérité au monde mais aussi une langue c’est de la sensualité, c’est une autre liberté !
Et en conclusion je dirais que le voyage représente notre liberté et il n’y a rien de plus cher que cette liberté !
Pour étayer cette soirée je ne saurais que vous conseiller de lire les livres d’Isabelle Eberhardt ; ceux d’Edmonde Charles Roux sur Isabelle Eberhardt ; ceux d’Ella Maillart dont « Oasis interdites » ; ceux de Lucie Azema dont le dernier sur l’Iran qui vient de sortir en librairie « Une saison à Téhéran » et « Les femmes aussi sont du voyage »…. ; ceux de Blanche de Richemont « Le souffle du maitre », « Eloge du désert » ; « La fille du désert : une vie avec Isabelle Eberhardt ». Et tellement d’autres….
Bonne lecture et bon voyage !
Paris le 16 avril 26

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