Amritsar, le temple d’or – de jour et de nuit.


Comment transmettre ce grand moment partagé avec les Sikhs, leur culture et leur religion ?

Il faut se rendre à Amritsar, ville tragique et religieuse des Sikhs. C’est là où se trouve le temple d’or, le temple de Dieu, recouvert entièrement d’or, cette merveille d’art entourée de chambrées pour les pèlerins et de salles de prières tout en marbre.

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Mais l’histoire des Sikhs est jalonnée d’évènements terribles et sanglants.

Un petit retour en arrière dans l’histoire. Amritsar se trouve dans l’Etat du Penjab, à 30 kms de la frontière avec le Pakistan, dans le nord de l’Inde. Cette ville est le centre culturel et religieux des Sikhs. Il a été créé par le quatrième des gurus du sikhisme. Il avait acheté pour 700 roupies un terrain en plein centre de la vile actuelle. En 1573 ils creusèrent le bassin qui donne son nom à la ville et en 1601 la construction du temple d’or était terminé. On y installa le livre sacré des sikhs qui je crois s’y trouve toujours.

Juste pour la terminologie Guru veut dire celui qui mène de l’obscurité vers la lumière.

Hélas la ville par deux fois a vécu deux grands massacres :

– Le premier, le 13 avril 1919 : massacre du « Jalianwalla Bagh » — il prend son nom du jardin Jallianwala Bagh (en) à Amritsar où, après trois jours de violences meurtrières commises dans cette ville contre des civils européens par des Indiens vénérant Gandhi, les soldats indiens du Raj britannique, ouvrirent le feu sur un rassemblement politique non autorisé de gandhiens, tuant plusieurs centaines d’entre eux pris au piège dans ce jardin.

– Le second, le 31 mai 1984 : L’opération Blue Star est une opération militaire indienne qui se déroula du 3 au 6 juin 1984 sur l’ordre d’Indira Gandhi, alors Premier ministre de l’Inde. Elle avait pour but d’éliminer les Sikhs séparatistes qui étaient retranchés dans le Temple d’Or à Amritsar. Les insurgés, menés par Jarnail Singh Bhindranwale, étaient accusés d’avoir entreposé des armes dans ce temple sikh. L’assaut fut donné par les forces indiennes. Il y aurait eu plus de 1500 morts. Cela reste dans les annales de l’histoire Sikh. Les Sikhs l’appellent « Le Grand Massacre », l’équivalent du massacre de 1761 par l’envahisseur afghan Ahmad Shâh. Ce fut une insulte majeure pour les Sikhs. Suite à ce tragique évènement, le garde du corps sikh d’Indira Gandhi l’assassinera le 31 octobre 1984. S’ensuivront à nouveau des massacres de Sikhs.

Les sikhs sont réputés pour être de très bons guerriers et défenseurs. Ils ont des attributs qu’ils portent depuis l’enfance et doivent respecter les « 5K » : le poignard recourbé à la ceinture, les cheveux longs et la barbe que l’on ne coupe jamais et que l’on enroule autour de la tête protégé par le turban orange entre autre ; et le bracelet qui est en argent, en fer doré et rayé pour les hommes, tout simple en argent pour les femmes ; le Kawra, symbolisant l’unité (boucle sans fin) et un caleçon spécifique, le Kacchera. Ils sont végétariens.

Beaucoup de Sikhs ont pour nom « Singh ». Singh, qui signifie « lion », est rarement un nom de famille à proprement parler mais plutôt un titre ou surnom porté par les hommes Sikhs ; le nom ajouté pour les femmes est « Kaur », qui signifie « princesse».

Mais revenons à ce périple dans le cœur d’Amritsar. J’arrivais des contreforts de l’Himalaya, après un périple au Tibet indien, Dharamsala. Que de jolis paysages de montagnes, de villages et de rivières traversés dans le pré-Himalaya. Que de vert, des arbres, des théiers et des parfums odorants. La tête dans les nuages, dans les montagnes et empreint de spirituel.

Contraste avec Amritsar,  grande ville qui grouille de monde, bruyante et pas avenante. Mais surtout ce qui marque en premier lieu c’est le nombre de turbans au m2 qui sont sur la tête des hommes et qui sont le signe de reconnaissance des Sikhs. C’est juste impressionnant et on se trouve dans un autre monde. Ça c’est l’Inde aux multiples visages, cultures et religions. Dépaysant et déconcertant à souhait !

Pour entrer dans le temple d’or il faut se rendre dans le centre de la ville et passer les murs d’enceinte en marbre blanc étincelant. On accède au bassin par quatre entrées qui symbolisent son ouverture à tous les peuples et toutes les croyances. La fouille est de rigueur. On doit retirer ses chaussures et descendre pieds nus les escaliers en marbre blanc et laisser son esprit découvrir le bassin sacré de forme carrée « l’Amrit Sarovar » ou bassin du nectar. Quel nom évocateur que nectar ! Le côté suave de la perse, les parfums des moghols et la beauté de l’art sikh.

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Tout le pourtour du bassin est mouillé et le marbre est réellement glissant et brulant. Mais la merveille qui se tient au centre vous accroche les yeux et vous attire comme un aimant. Il vous attire comme il attire tous les disciples, qu’ils soient de culture Sikh ou pas. Et c’est en cela que vous êtes charmés car toutes les religions sont accueilles à bras ouverts et tous les Hommes qui les composent. Je vous le confirme car c’est un grand accueil et il n’y a ni méfiance, ni rejet, ni critique. Les Sikhs sont ravis de partager leur culture à ceux qui ne l’appréhendent pas et à ceux curieux de vouloir la comprendre. Ils vous posent des questions, répondent aux vôtres, marchent avec vous et vous expliquent chaque geste mené par un pèlerin. Pour tout vous dire ce lieu est un endroit où l’on se sent bien et où l’on a envie de rester et revenir. Et puis pour moi Française c’était l’occasion de découvrir la religion sikh en Inde mais aussi de voir qu’une diaspora existe en France et à Bobigny plus précisément (30 000 sikhs).

Autour du bassin chacun y fait ses ablutions et entrent dans l’eau en entier pour se purifier. Les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. C’est magique d’assister à ces prières. Et vous pouvez entendre tout le long de la promenade les chants qui hurlent dans les micros postés aux quatre coins du temple.

Le temple est entouré d’un vaste complexe comprenant des gurdwârâs (lieux de culte Sikh) dont l’une des plus emblématiques est l’Akal Takht (ou « Trône de l’Immortel »), des langar (réfectoires) où des repas gratuits sont offerts aux pèlerins, un musée, etc.

Pour pénétrer dans le temple d’or, il faut faire le tour du bassin, faire ses ablutions pour se purifier et marcher en queue leu leu, pieds nus, un foulard sur la tête, sur un pont en marbre de 60 mètres de long, le « Pont du Gurû ». Pour pénétrer dans l’enceinte, il faut franchir un pédiluve. Le temple, est un majestueux pavillon de trois étages, dont les parties supérieures ont été recouvertes de plaques et de feuilles d’or au XIXe siècle sur ordre du mahârâja Ranjît Singh. L’édifice a été construit en marbre de différentes couleurs, incrusté de nacre et de pierres semi-précieuses. La terrasse, ornée de quatre chhatri (structures surmontées d’un dôme soutenu par quatre piliers), est surmontée par une coupole dorée en forme de lotus renversé. Le Temple d’or renferme le livre sacré des Sikhs, le Guru Granth Sahib, lui-même enfermé dans un coffre richement orné.

Des « kirtan », les hymnes sacrés, y sont chantés en permanence, et parfois hurlent dans les microphones qui sont installés sur tout le pourtour du temple. Des musiciens y jouent la musique dévotionnelle.

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Les sikhs se prosternent devant le livre sacré et déposent un don d’argent, avant de s’asseoir par terre pour prier.

En sortant, on vous proposera d’aller manger quelque chose au Langar (cantine communautaire gratuite créée à l’origine entre autres pour lutter contre la séparation des castes). C’est un devoir pour un sikh de participer au service communautaire. Je vais vous en parler car des milliers de repas sont préparés tous les jours pour toutes les personnes venant sur le site. C’est une tradition chez les Sikhs de donner un repas à chaque personne. Partager est le maitre mot des sikhs. Et puis tout Sikh se doit de participer à la cuisine, de préparer les nans, de mettre les différents produits dans des grosses marmites pour préparer le dal. Une personne sert les pèlerins assis par terre pour déguster leurs repas. Il y a vraiment une communion des gens qui tous les jours aident à la cuisine. Quand on visite les cuisines on est impressionné par la taille, par le nombre de plats servis chaque jour et par la bonté des gens. Le matériel aussi est impressionnant. On se croirait dans une cuisine centrale moderne qui produit comme dans le film les temps modernes. Pas de perte de temps car les pèlerins sont là et doivent être nourris. Je suis ressortie de là bluffée. Et on retrouve le fait de nourrir toute personne qui visite le temple dans tous les temples sikhs. A côté de Leh au Ladakh c’est pareil.

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Et puis je n’ai pas résisté à  revenir le soir visiter le temple d’or. La nuit lui donne magnificence et avec la pleine lune c’était juste improbable. Le temple d’or brille et son or ressort ; il se reflète dans l’eau du bassin et donne l’impression qu’il flotte. Juste irréel le temps d’un soir et d’une promenade autour du bassin. Et j’ai vraiment éprouvé un grand bonheur de partager avec les Sikhs ce moment et de pouvoir échanger avec eux. Une jeune maman, toute fière, portant son premier bébé dans ses bras, me l’a présenté et elle a voulu que je la photographie en souvenir. Très émouvant et touchant sachant que nous ne nous reverrions jamais. C’est cela la communion, l’ouverture du cœur et la gentillesse des sikhs. J’ai été frappé par la culture et surtout l’ouverture aux autres de cette religion. Un haut lieu en Inde !

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Un peu d’histoire du sikhisme :

C’est une religion monothéiste fondé par le Guru Nanak au 16e siècle dans le nord de l’Inde.

Le mot ਸਿੱਖ  sikkh vient du sankrit et veut dire disciple ou étudiant ou bien étude signifiant instruction.

Elle est basée sur les enseignements spirituels des 10 Gurus.

Le Guru Nanak est opposé aux systèmes des castes et s’inspire de poètes indous.

Le postulat de base du sikhisme est qu’il n’y a pas de péché originel, mais la vie ayant émané d’une Source Pure, le Seigneur de Vérité demeure en elle.

Ils croient en la souveraineté d’un Dieu unique, le Créateur. Guru Nanak l’appelle « Le Nom Vrai » (Satnam). Ce Dieu se manifeste de manières diverses, dans des endroits divers et par des noms divers, est éternellement « Un », Dieu souverain et omnipotent, à la fois transcendant et immanent, créateur et destructeur, intemporel et partout présent. Dieu n’est ni musulman, ni hindou, ni de telle ou telle confession : Dieu est UN – « Ek Omkar ». Gurû Nanak souscrit également à la croyance en la mâyâ, l’illusion du monde physique. Le matériel empêche de voir le Dieu vrai. Dieu n’apparaît jamais sous forme humaine. Le paradis et l’enfer n’existent que dans ce monde. A mes yeux on se retrouve un peu dans le monde de Spinoza et proche du Bouddhisme. Le sikhisme s’est créé sur un concept d’égalité de droits pour tous. Cette religion correspond à une manière d’être, de rendre service à l’humanité et d’engendrer tolérance et fraternité vis-à-vis de tous.

« Celui-là seul connaît la Voie, ô Nanak,

Qui gagne sa vie à la sueur de son front

Et ensuite partage avec les autres »

(Guru Granth, p. 1245)

 

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