Ma plus belle histoire c’est vous : les gorilles dans le pays des brumes – Le Rwanda – avril 2011


Un de mes plus beaux souvenirs fut la rencontre des gorilles au Rwanda en avril 2011.

Partir au Rwanda pour découvrir nos frères, nos ancêtres, ceux que Dian Fossey chérissait tant et qui est morte pour eux.

Ce voyage fut fait en mémoire des morts du génocide et en même temps en souvenir de Dian Fossey et surtout en vue de découvrir « nos amis, nos frères » les gorilles.

Pour pouvoir les atteindre, on ne peut compter que sur l’organisation rwandaise qui perdure après la mort de Dian Fossey et qui l’honore : le fond https://gorillafund.org/

Après un tour complet au Rwanda, nous avons terminé à la frontière avec la RDC à la limite de la ville de Goma et en remontant vers le parc national des volcans et le lac Ruhondo. Ce parc national se trouve à Musanze (Ruhengeri) et Kinigi. Il se partage avec l’Ouganda, sorte de réserve où l’on protège les gorilles des braconnages et de leur mort assurée. C’est d’ailleurs une de victoires de Dian Fossey en faisant connaitre leur cause par le passé. Aujourd’hui ils sont protégés et ont pu se démultiplier.

L’approche se fait de bon matin en 4×4 pour atteindre le centre où l’on fait un tour dans le musée et puis on s’habille de masques sur la bouche pour éviter de propager les microbes au grands singes et on enfile de grosses bottes pour éviter de s’effondrer dans la boue sur les hauteurs dans les forêts.

Puis on repart avec plusieurs gardes armés de kalachnikovs, en cas de mauvaises rencontres avec les buffles sauvages, et non pour tuer les grands singes. Les gardes connaissent très bien où se trouvent les gorilles et se concertent avec les rangers du parc pour s’enquérir du lieu où retrouver nos frères. On repart en 4×4 et on atteint un chemin où nous descendons. Nous commençons à grimper le long des champs cultivés par les agriculteurs du coin. Ce sont des champs de patates douces, de maïs ou de pomme de terre. En face et derrière nous toute la chaine de la Virunga nous fait face dans le brume. C’est complètement irréel. «  Je me souviendrais toujours de ma première rencontre avec les gorilles après quatre heures d’une marche astreignante, dans cette forêt impénétrable du mont Visoke, au cœur du parc national des volcans. » La montée est très raide puis on passe dans des forêts et on atteint un mur de pierre long de plusieurs kilomètres qui délimite la vie entre les hommes et celles des grands singes. On entre alors dans le territoire des gorilles et on nous demande de faire silence. On parcourt des kilomètres à travers des feuillus pour atteindre les immenses forêts de bambous géants. Il fait sombre et même noir et on doit regarder où l’on met les pieds. La terre rouge est glissante, boueuse. Après un bon moment, on ressort des bambous pour atteindre le lieu privilégié de vie des gorilles, une forêt au grand air, dans les hautes herbes et les arbres de toutes sortes.

Et là bouche-bée les rangers nous demandent de revêtir nos masques, de marcher à la queue leu leu et de se taire. Eux discutent avec les gorilles qu’ils connaissent bien. Ils font des bruits de langue pour se faire reconnaitre de la famille gorille et nous faire accepter tant soit peu. Les rangers, avec leurs coupe-coupe, nous tracent des chemins dans les hautes herbes et au détour d’un arbre, nous nous retrouvons face à face avec une dizaine de gorilles. Des femelles, des singes mâles, des jeunes, et surtout le gorille au dos argenté, maitre de cette tribu. Les petits gorilles jouent dans les arbustes, sautent de branche en branche, se coursent ou bien se suspendent tout en criant. On dirait des enfants en train de faire des pirouettes. Ils n’oublient pas d’attraper des feuilles et de les déguster avec un réel plaisir.

Puis ils se lancent dans une course poursuite dans les hautes herbes et criant toujours. On peut par moment les voir avec leur poils drus et touffus de gros bébés singes. Ils sont le nez dans les fougères et se retournent vers nous. Curieux ils nous regardent avec leurs grands yeux dépourvus de peur. Nos rangers conversent avec eux pour leur éviter toute frayeur. Et tout à coup nous découvrons le gorille au dos argenté massif, assis en train de manger des feuilles planté au milieu d’arbres de bosquet, nous tournant le dos. On retient tous nos souffles tellement nous sommes surpris et conquis. Lui imperturbable continue à grignoter ses feuilles et les graines tout en nous tournant le dos. « Devant moi, à quelques mètres à peine, mon premier grand gorille m’observe. Un dos noir. Quelle masse ! Je suis saisi par son incroyable force tranquille. Enfin rassuré et heureux car il m’accepte comme l’un des siens…..Les gorilles sont timides et le regard peut constituer une menace ». Aucune animosité de leur part !

Tout autour de lui se rejoignent les femelles et les petits gorilles. Ils continuent leur marche dans la forêt à découvert à la recherche de feuilles à déguster. Puis le gorille au dos argenté se relève et part vers de nouveaux espaces de nourriture. « Les gorilles passent 40% de leur temps à se reposer, 30% à se nourrir et autant à se déplacer. Pendant leur marche ils continuent à s’alimenter en choisissant parmi les  58 variétés de plantes herbacées qui composent leur nourriture. Le chardon, l’ortie et le céleri sauvage comptent parmi les plantes préférées des gorilles. »

 Lorsque l’on voit la masse qui se déplace on est hyper impressionné et on se dit qu’une caresse de sa main vous enverrait à l’autre bout du monde. Mais il n’a cure de nous et continue son bonhomme de chemin. Et nous avec, cela va de soi. On respecte une certaine distance, de plusieurs mètres, pour les laisser vaquer à leur vie. D’ailleurs on ne peut pas rester plus d’une heure en leur compagnie. Et ça passe vite tellement c’est époustouflant. Les gorilles sont des êtres attachants et fascinants. Plus loin on aperçoit une jeune mère avec son petit qui a surement plus de 6/8 mois. Le bébé de 2 kilos est accroché à son dos et se laisse porter dans la forêt. Et notre gorille continue son chemin sans nous prêter attention. Le chemin est parfois difficile, on chute de plusieurs mètres dans les taillis et on s’aide de bâtons. Mais on oublie tout cela tellement. On est préoccupé de voir nos frères. Puis au détour d’une prairie les gorilles trouvent un endroit plus plat où jouer et faire leur nid. Les petits se chamaillent autour du gorille au dos argenté, se regroupent pour s’épouiller ou bien manger des feuilles qu’ils attrapent juste en tirant une branche. Car un gorille c’est gourmand et ça mange toute la journée. Ils font des galipettes, sautent, passent par-dessus les uns les autres et comme les enfants se grattent la tête. Comme les bébés ils attrapent leur pied à la découverte de quelque chose de personnel ! Ils en tombent à la renverse, se redressent et recommencent. Puis le gorille au dos argenté en prend deux qu’il épouille et calme. Il est sur le ventre, avant de prendre la pose et de mettre la main sous le menton, en nous regardant droit dans les yeux, nous les hommes à deux pattes. Il me fait penser au penseur de Rodin et il doit se demander ce que ces bipèdes font là ! Il s’en gratte la tête !

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Et nous nous faisons des cabrioles, à un mètre de lui, pour se faire photographier avec eux ! C’est tellement intense en émotions, de voir nos frères, avec nos mimiques, que les 10 personnes qui sont là nous nous mettons à pleurer à tour de rôle !. C’est très fort, émouvant et on se sent tellement liés à eux. A nouveau le dos argenté avec progénitures et femelles nous regarde droit dans les yeux. Il n’y a pas de mot pour décrire ce que nous ressentons. Nos larmes sont justes là pour exprimer notre émotion et la force de ce lien transgénérationnel qui nous relie. Ces yeux nous vrillent et forcent le regard. Il plante ses yeux dans les nôtres comme pour sonder notre âme et nos intentions, comme pour décrypter nos sentiments. Il lit en nous et regarde ces humains pas plus malins dans la forêt que des manchots ! Et puis tout d’un coup, n’en pouvant plus de nous voir, il se laisse tomber sur le dos et se gratte la tête tellement, il est interloqué ! Comme nous d’ailleurs ! Nous avons l’impression de retrouver nos expressions, de lassitude ou d’étonnement, ou encore de ras le bol. Humains, il est temps de rentrer chez vous et de nous laisser tranquille en famille dans notre nature ! Gentiment il nous demande de nous en aller. Puis il s’épouille la tête et se cure les dents avec ses gros doigts patauds. Il repart vers ses congénères pour remettre de l’ordre auprès des petits. Nous reprenons notre chemin pour quitter les lieux et au détour d’une clairière nous tombons sur une maman gorille avec des jumeaux.

Les deux petits sont accrochés à sa poitrine et tètent. Quant à elle, elle mange des racines. C’est sa première portée et cela ne sera pas la dernière car elle mettra au monde quelques années plus tard de nouveaux jumeaux. C’est très rare ! Elle s’est éloignée du groupe car elle risque trop à rester proche du mâle dominant. Les petits pourraient être tués. La nature peut être cruelle ! Nous les abandonnons à grand regret. Mais il le faut pour leur paix. Nous repartons par les mêmes chemins. Nous sommes exténués en arrivant au centre mais émerveillés et portés par cette rencontre. Je n’oublierais jamais au grand jamais ce regard et la présence de ce gorille au dos argenté. Sa bonté, sa douceur malgré sa taille et la force qu’il porte en lui.

J’y pense toujours aujourd’hui. Ce fut l’un des moments les plus forts et marquant de ce voyage.  Et de bien d’autres voyages effectués depuis. Mais j’en garde un souvenir extraordinaire et de l’émotion.

* Les extraits sont tirés du livre « Au secours des gorilles » de Fabrice Martinez – Editions les presses du midi.

Catégories :Afrique, Non classé, RwandaTags:, , , , , , , , , , , , , , ,

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