


Il y a quelques jours je me suis décidée à aller visiter le fonds Enki Bilal qui se trouve dans le troisième arrondissement de Paris au 22 rue charlot.
Le lieu est chargé d’histoire car il fut occupé par la mythique galerie Denise René. Rénové le bâtiment offre un espace pour l’art, la bande dessinée, le cinéma.
Enki Bilal offre sa vision du monde dans ce lieu et plus de cinquante ans d’art et d’expression.
Il expose ses œuvres où se rencontrent l’Histoire et l’anticipation, l’intime et le collectif, la sensualité et la violence au travers de plus de 200 dessins de l’artiste.
Il faut dire qu’Enki Bilal est né à Belgrade (ex-Yougoslavie) en 1951 et s’installe à Paris à l’âge de dix ans avec ses parents. Il fait ses premiers pas dans la bande dessinée en 1972 au sein du magazine Pilote, où il rencontre le scénariste Pierre Christin, une collaboration décisive qui donnera naissance à plusieurs récits de politique-fiction majeurs. Pierre Christin que j’ai rencontré à Bordeaux chez une amie de mes parents.
Il dessinera et peindra pour des livres, des affiches, le cinéma et bien sûr les bandes dessinées.
Quatre thématiques sont présentes dans cette exposition : la mémoire avec l’histoire et l’exil ; la prospection ; la politique et l’effondrement des systèmes ; et enfin l’altération des corps et hybridation – sorte de science-fiction.
Mais parcourons à travers ses œuvres son monde du passé, du présent et de l’anticipation du monde futur.
Démarrer avec cette grande affiche au mur et ces deux personnages de l’histoire du monde passé soviétique avec la faucille et le marteau (le requin rouge), entre l’acier et la chapka – cela donne le ton de nos vies dans un monde bipolaire passé.

Et ce visage et se mains en bronze noir.

Ces corps longilignes si empreints de Bilal que l’on retrouve toujours dans ses bandes dessinées avec le casque bleu. Il se nomme sang bleu. Deux êtres blessés, paumés.

Là on a deux mondes : Sarajevo et cette « putain » de guerre civile entre religions, ethnies et vieilles rancunes qui hélas existent encore aujourd’hui et qui étaient nées de l’histoire entre l’empire Ottoman et les Habsbourg. Histoire qui renait pendant la première et la deuxième guerre mondiale (Sarajevo pour la première, les luttes entre les oustachis et les tchetniks pour la seconde). Un monde qui ne veut plus vivre ensemble comme ce fut le cas avec Tito. Ces mondes qui éclatent.

Et puis ce monde américain entre Rockefeller et la main mise par les Japonais. Deux nations, deux drapeaux et une vision fragmentée du monde capitaliste.

Et à nouveau Istanbul ou bien la Turquie avec la mosquée Sainte Sophie en fond et cette femme et son faucon sur l’épaule. Une blonde aux yeux bleus dans un monde qui ne semble pas l’accueillir à bras ouvert.

Et enfin ces clandestins du rail comme deux amoureux enchevêtrés l’un en l’autre mais séparé par ce rail qui enserre le corps de la femme.

Et le transit à Hambourg pour aller où et faire quoi ? Deux êtres perdus. Idée du transit que l’on retrouve dans un autre tableau où des hommes et des femmes sont parqués, serrés le suns contre les autres quitte à étouffer.


Et ces deux amoureux comme Roméo et Juliette alors qu’ils se prénomment Julia et Roem. On n’en est pas loin. Ces mèches de cheveux qui s’entremêlent. La mort dans les yeux.

Et à nouveau la violence avec cet homme machine armée avec cet œil sur le côté qui fait peur.

Et puis cet ours dit URS avec sa faucille et son marteau – représentation de Micha l’ours russe.

Je finirais sur cette image qui m’a marqué et qui se nomme « Sarajevo » (peut-être parce que j’ai passé beaucoup de temps là-bas et que j’ai vu la violence monter et la guerre éclater). Ces deux personnes qui se protègent l’un l’autre avec en arrière-plan les trous des armes des snipers. Juste leurs visages émergent comme protégés par la chance ou l’espoir ou juste l’inconscience de l’amour.

Et puis toujours ce bleu que l’on retrouve partout dans l’œuvre d’Enki Bilal.
J’espère vous avoir donné envie de visiter ce lieu où notre histoire est très proche.
Lien : https://fonds-enki-bilal.com/
Paris le 20 septembre 26.
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