La maison de Thomas Mann à Nida en Lituanie – Presqu’ile de Courlande


Sur la presqu’ile de Courlande dans la ville de Nida Thomas Mann venait résider dans une maison avec une vue superbe sur la mer Baltique et le lagon.

A cinquante kilomètres de Klaipeda et presque à la frontière russe, se trouve au bout de la presqu’ile de Courlande la maison de Thomas Mann. Il s’y rendait durant les étés entre 1930 et 1932. À la suite de l’exil forcé de la famille Mann en 1933 puis de la Seconde Guerre mondiale, la maison fut laissée à l’abandon. Aujourd’hui restaurée, elle accueille régulièrement concerts, lectures et conférences, mais demeure surtout un lieu de souvenir et de mémoire où l’on peut se familiariser avec la vie et l’œuvre du célèbre auteur allemand.

Katia, sa femme, et Thomas Mann ont été « saisis par la particularité indescriptible et la beauté de la nature, ainsi que par le monde fantastique des dunes mouvantes » lors de leur première visite en 1929. Ils découvrirent par hasard cette bande de terre idyllique lors d’un voyage à Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad), dans ce qui était alors la Prusse-Orientale. Sur recommandation, ils passèrent les derniers jours de leurs vacances à Nida, qui, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, faisait partie du territoire allemand de Memel et s’était développée en colonie d’artistes.

Ils ont fait construire une maison sur ce site. Sur la base d’un projet d’Herbert Reissmann, un architecte de Klaipėda, la maison a été construite en 1930 sur la colline Belle-mère de Nida.

 Mais avec l’arrivée du parti nazi au pouvoir, la famille Mann s’exile. Après une tribune publiée dans le Berliner Tageblatt où il condamnait les attaques contre les opposants aux nazis à Königsberg et mettait en garde contre le danger croissant du national-socialisme, Thomas Mann découvrit un paquet devant sa maison d’été en 1932. Il contenait un exemplaire brûlé des « Buddenbrooks ». Sans se douter qu’il ne reverrait jamais ce « bel endroit », l’écrivain quitta sa chère Nida en septembre 1932. Ce fut malheureusement un départ définitif pour lui et sa famille. Après la prise de pouvoir d’Hitler, la famille quitta l’Allemagne en 1933 et immigra aux États-Unis après avoir été déchue de sa nationalité. Thomas Mann ne retourna jamais à Nida, qui, selon son petit-fils préféré Frido, était devenue un « refuge, et peut-être même une sorte de prélude à l’exil ».

En 1939, la maison de vacances fut nationalisée et convertie en un pavillon de chasse appelé Elk Wood (Bois d’élan). Elle a subi de graves dommages après la guerre. La maison a été réparée dans les années 1950 à l’initiative d’Antanas Venclova, le président de l’Union des écrivains lituaniens. Elle servait de logement aux professionnels arrivant pour travailler à Neringa et, en 1965, elle a été reprise par la bibliothèque municipale de Klaipėda. La maison a été rénovée une nouvelle fois en 1995–1996 sur la base de dessins restants de Reissman et des souvenirs d’Elisabeth, la fille de Thomas Mann, dans le but de restaurer l’atmosphère authentique. Aujourd’hui c’est un musée sur l’œuvre de Thomas Mann mais aussi sur la manière dont il vivait ici. C’est aussi une salle de concert.

Visitons la maison.

Cette dernière est retirée de la ville et entourée de pins qui la cachent du reste des villas.

La maison est un bâtiment traditionnel en bois brun-rougeâtre au toit de chaume, aux volets et aux ornements de pignon d’un bleu « Nida » et dans le style d’une cabane de pêcheur traditionnelle locale. Elle est en haut d’une colline qui surplombe les dunes et le lagon. Les fonds nécessaires à la construction provenaient du prix Nobel de littérature que Mann avait reçu fin 1929 pour son premier roman, « Les Buddenbrook ».

Sur le toit de chaume deux têtes bleues de chevaux font un croisillon dit leikis.

La vue est juste magnifique et fait lieu de méditation.  Vue sur une mer calme sorte de lagon avec ces pins qui entourent la maison et la colline. On comprend mieux le bonheur de la famille Mann de vivre en ce lieu.

À l’intérieur, la maison expose des manuscrits, des objets personnels et des photographies de la vie de l’écrivain par le biais d’expositions numériques et de collections soigneusement présentées.

Au rez-de-chaussée se trouvent le salon avec la cheminée et la véranda, qui offre une vue sur la lagune de Courlande.  Salon qui est devenue une salle de concert avec le piano à queue. Beaucoup de photos montrent la famille devant la maison et on peut y voir toute la carrière de cet écrivain. Une jolie statue portrait de Thomas Mann trône aussi. Beaucoup de tableaux au mur et une salle de bibliothèque.

A l’étage, Le bureau de Mann, aménagé dans la mansarde, offre aussi une vue imprenable. Thomas Mann parlait de sa « vue italienne ». Cette vue n’est plus aussi facile à voir aujourd’hui : les pins sur la colline surplombant les dunes ont tellement poussé qu’ils tendent désormais à la masquer. Une simple chambre aussi se trouve à côté du bureau.

Des photos, dans la maison d’été, de la famille à la plage ou prenant le thé sur la terrasse, témoignent également du quotidien des Mann pendant leurs vacances. Tandis que le grand homme de lettres était absorbé par son travail et se tenait à l’écart de la vie publique, ses enfants profitaient pleinement de leurs vacances sur les rivages de la mer Baltique.

J’ai visité cette maison au pas de course mais je dois dire que j’y tenais tellement. C’est un lieu qui permet de comprendre comment Thomas Mann vivait et travaillait.

Une maison prestigieuse à mes yeux.

Paris le 30 juillet 26.

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