Narva et sa forteresse face à Ivangorod – Estonie


Dans la visite des Pays Baltes, Narva faisait partie des pérégrinations qui me démangeait.

Pourquoi donc ?

Je voulais « snifer » la Russie et voir ces deux villes et ses deux forteresses se faisant face et surtout la rivière et le pont qui l’enjambe faisant la frontière entre l’Europe et la Russie.

Hé bien c’est chose faite j’ai réalisé mon idée fixe.

Deux heures trente de train pour traverser toute l’Estonie de Tallinn et arriver à Narva.

Narva est la troisième ville de l’Estonie en nombre d’habitant et la plus maltraitée avec 9% de chômeurs versus 3%.

L’histoire de la ville mentionne son existence dès 1171 sous le nom de Rugodiv puis Narova pour devenir Narwia. Elle fut colonisée par des marchands obtenant en 1345 le statut de ville.

Conquise momentanément par les Russes en 1555, Narva fut dominée par les Suédois de 1581 jusqu’en 1704. Elle se trouvait alors à la frontière de l’Empire russe. Pierre le Grand tente de ravir cette place forte aux Suédois, mais perd la bataille de Narva en 1700. Les Russes reprennent la ville le 9 août 1704[

La deuxième moitié du 19e siècle son développement est lié à la manufacture de Krenholm, dirigée par Leo Knopp, une des plus grandes entreprises de textile d’Europe. Le coton était importé, filé et tissé sur place.

En 2025, une usine d’aimants en terres rares est inaugurée.

Puis la seconde guerre mondiale entrainera un certain nombre de batailles entre les Nazis et l’Union Soviétique et finira par incorporer l’URSS.

Mais surtout Narva, aujourd’hui, fait partie de l’Europe comme l’Estonie depuis 1991 et est la porte vers l’est c’est-à-dire la Russie.

Ce qui est vraiment intéressant c’est que cette ville est en majorité russophone et que pour avoir la nationalité estonienne il faut renoncer au statut russe. Et c’est une ville un peu rebelle puisque la majorité des Russes ne veulent pas être estonien. Car avoir la nationalité estonienne cela se mérite : il faut parler estonien, passer un examen de langue, de culture générale sur l’Estonie. Donc pas si simple.

Et puis on peut scruter le Russie ! Les forteresses se font face en diagonale, comme en chien de faïence, le long de la rivière Narva qui marque la frontière.

Je vais vous faire suivre le chemin pris à la découverte de cette ville de 52 000 habitants.

Arrivé par la gare de Narva où trône des poissons comme reconnaissance la ville.  Je longe une grande avenue boisée et passe devant le palais de la culture bien soviétique, cinéma actuellement. Comme c’est dimanche la ville est bien vide. Les immeubles sont couleur chocolat et de style soviétique ou gris avec de belles décorations. Tout en continuant mon chemin je passe devant une horlogerie, décorée à l’ancienne avec des horloges de tout type. Je me rends dans un café pour y manger car j’ai faim.

Puis une fois restaurée je pars à la conquête de Narva. Je croise un équipement électrique peint avec un lion et une femme avec des fleurs – ce qui met de bonne humeur quand on passe devant et c’est très inattendu.

Puis je me dirige vers la statue à la gloire de Charles XII de Suède, vainqueur temporaire des Russes en 1700 représentant le lion de Suède. Créé en 2000 par Vladimir Orlov, à la décision de la municipalité elle a été mal perçue par une population désormais russophone.  Les lettres MDCC sur le piédestal signifient l’année 1700. En rigolant on me dit que c’est un peu de Suède à Narva et que toute personne qui a commis un crime ou un délit et qui est retrouvé là finira dans les geôles suédoises !

D’un côté on peut voir la rivière Narva et les deux forteresses. De l’autre l’église russe orthodoxe.

Du côté estonien la forteresse est le château d’Hermann qui est le symbole de la ville avec des remparts de plus de 40 mètres. Pendant la seconde guerre mondiale la forteresse a été détruite et reconstruite en 1950. Il y a même eu un billet de cinq kron à l’effigie de la ville. Je dois dire que c’est assez exceptionnel de voir ces deux forteresses se faisant face dans une période de crise avec la guerre en Ukraine.

Puis je me suis dirigée vers les manufactures de Krenholm haut lieu de filature au milieu du 19e siècle. Elle fut fondée en 1857 par le magnat du coton Ludwig Knoop. À son apogée à la fin du XIXe siècle, elle fut la plus grande entreprise de filature de coton au monde, employant plus de 10 000 ouvriers sur une île de la rivière Narva. Ce qui est intéressant c’est que les bâtiments afférents à l’usine sont très typées anglaises car la majorité des dirigeants provenaient d’Angleterre. Et puis pour la petite histoire Madame Van der Leyen, présidente de l’Europe, est venu voir cette usine car son arrière-grand-père était Ludwig Knoop. Le quartier est très verdoyant avec plein de parcs et des allées plantées d’arbres.

Plus de 12 000 employés produisant des millions de mètres de tissu pour l’Empire russe, puis l’Union soviétique. Fermeture en 2010 suite à des difficultés économiques après l’ère soviétique et la privatisation auprès d’industriels suédois, l’entreprise historique a fait faillite. A l’époque soviétiques les femmes travaillaient dans cette usine et gagnaient très bien leur vie et les maris travaillaient à l’usine électrique.

On pouvait voir aussi la rivière asséchée car il y a un barrage plus haut tenu par les Russes qui font des lâchés de temps en temps. La rivière permettait du temps des filatures d’avoir de l’électricité.

Puis on est revenu vers le centre de la ville en passant devant des murs d’art street pour finir sur la promenade Kohvik qui fait face à la Russie.

En se promenant on peut voir l’esplanade d’Ivangorod qui le 9 mai retransmet sur grand écran la retransmission des défilés à Moscou puis les chants patriotiques et de chanteurs russes proches de Poutine. Le son est mis très fort pour narguer les gens de Narva. La même chose doit s’appliquer du côté estonien le 8 mai. A bon entendeur salut !

Il y a le fameux pont payé par l’Europe ainsi que ses plots qui fait la jonction de frontières et je peux vous dire qu’il y a la queue et que cela prend 8 heures pour passer entre l’Estonie et la Russie. Avec 100€ on peut faire accélérer le passage – une personne se met dans la queue et vous fait passer en premier.

En continuant notre balade sur les quais on finit par croiser une place avec des lions et des lionnes et si vous regardez bien le lion il ressemble à quelqu’un. Mais qui ? Poutine !

Et en continuant on finit sur un bâtiment de tortures des Estoniens sous la période soviétique et devant un bateau qui remonte le fleuve Narva vers les plages du nom de Caroline (clin d’œil).

Demi-tour pour finir par revenir vers la forteresse et visiter seulement la cour car je commençais à mourir de soif.

Arrêt pour une glace et retour vers la gare en passant devant l’arbre de noces, créé en 2008. Il mesure 3,5 mètres de haut et 3 mètres de diamètres. Il est forgé en métal. La tête de l’arbre est composée de sept fragments – sachant que le nombre 7 porte bonheur. Et la tradition dit que si les jeunes mariés accrochent une feuille avec leurs noms ceci promet une vie heureuse.

Puis retour par le même chemin à la gare pour retourner à Tallinn.

Une très belle découverte et une journée russe pour moi.

Paris le 28 Juillet 26.

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