Prisonnière à Téhéran de Farida Adelkhah


Farida Adelkhah est une anthropologue franco-iranienne qui nous raconte son expérience dans les geôles d’Iran et d’Evin en particulier.

Elle est directrice de recherche au CERI-Sciences Po et spécialiste des pratiques religieuses et de l’Iran contemporain.

Elle a été arrêtée en 2019, condamnée en 2020 à cinq ans de prison en Iran pour atteinte à la sécurité nationale et libérée en 2023 après avoir été graciée et non acquittée comme elle aurait aimé l’être.

Elle fut arrêtée alors qu’elle attendait son collègue à l’aéroport de Téhéran quelques minutes avant que l’avion atterrisse.

Emmenée dans une voiture puis dans un bâtiment inconnu les yeux bandés elle ne saura jamais où elle fut transportée.

Et là commence son chemin à travers les accusations, les interrogatoires, les menottes, les yeux bandés, les chaussons etc… Et surtout la peur qui s’insinue comme un poison.

Elle nous y décrit le passage par les gardiens de la révolution puis le ministère des renseignements et la dualité de ces administrations où toute est flou.

Mais ce que je trouve admirable dans ce livre c’est qu’elle décrit comme une anthropologue la vie dans la prison des femmes d’Evin au moment où elle y était et pendant la période de Masha Amini.

Evin est décrit comme une prison avec différentes maisons, des cours, des jardins de fleurs, des endroits pour les mariés ou les familles pour se retrouver comme si nous étions dans une ville prison. Des lieux où s’entassent des dizaines de femmes sur des lits superposés. Où les femmes cuisinent, lave le linge, ou certaines ont des privilèges comme avoir une machine à laver ou un frigo qu’elles partagent avec les autres. Comme pour la nourriture.

Elle y montre aussi que l’on s’habitue à tout et que le rituel des journées vous porte comme si cela vous était nécessaire et rassurant. Les interrogatoires, les repas, le silence, les gardiennes qui s’occupent de vous, les sorties pour voir un médecin ou un dentiste….

Elle raconte aussi cette forme de torture pour qui ne connait pas la prison lorsque l’on vous donne la possibilité de sortir et de vous installer en ville avec un bracelet électronique et que quelque temps plus tard on vous renferme à nouveau sous un nouveau prétexte.

Elle y raconte en pointillé sa grève de la faim et comment on l’a aidé à se substanter à nouveau.

Et surtout elle peint la vie de tous les jours et les relations entre les prisonnières politiques puisqu’elle était dans cette aile.

Les relations entre les Moudjahidines du peuple, les bahaïs, les royalistes, les derviches, les gauchistes, les kurdes, les journalistes etc. Tout ce monde vit ensemble mais aussi séparée avec ses propres règles.

Elle y décrit aussi les amitiés toujours avec une méfiance mais avec des moments très forts surtout au tout début où l’on doit apprendre les règles de la prison.

Et puis cette administration à laquelle on ne comprend pas comment les lois, règles fonctionnent et son appliquées.

C’est un livre où il n’y a pas de colère ni de haine par rapport au vécu. C’est un livre témoignage si je peux dire. Il nous ouvre les yeux sur ce qu’est Evin à cette époque.

Paris le 13 juin 26.

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