
Je viens de finir ce livre de Mauvignier et quel roman autobiographique en partie, quel parcours de notre histoire depuis 1870 à nos jours et surtout après la seconde guerre mondiale.
Une épopée familiale : une famille qui brise ses enfants et surtout ses femmes, Marie-Ernestine ou Margueritte.
Une histoire de haine entre des mères et des filles, des mariages arrangés comma il y a dû en avoir de nombreux où les époux se détestent et font des enfants malheureux qui vont de génération en génération transmettre un mal-être et finir par ce que les descendants se suicident.
Pourtant au tout début il y a de l’amour, oui de l’amour pour la petite boule d’or (Marie-Ernestine) que son père va aimer, lui donner une éducation ne correspondant pas à l’époque ni au milieu pour une jeune fille même si c’est au couvant où elle apprendra les bonnes manières, se conformer et apprendre à jouer du piano. Piano qui prendra toute la place dans sa vie et qui sera son seul compagnon de vie.
Mais un père Firmin qui gardera à l’esprit qu’il faut un mari à la petite boule d’or pour renforcer le travail effectué par ce dernier. Il ira contre le désir de sa fille en lui offrant un mari pour ses 18 ans à la sortie du couvent et un piano à queue noir. Et là Marie-Ernestine se cabrera, refusera tout. Puis se conformera à la volonté de ses parents et se mariera à Jules qui tiendra après la mort de Firmin la vie de la maison, des fermes et de la scierie.
Mais Jules ne pourra pas toucher sa femme sans qu’elle raidisse ou bien la forcera à faire l’amour. De cette union naitra en 1913 une petite fille Margueritte que sa mère n’aimera pas et dont elle ne s’occupera pas. C’est sa grand-mère Jeanne Marie qui occupera le rôle de mère en étant très proche d’elle.
Marie-Ernestine s’enfermera des heures durant devant son piano pour oublier, se noyer dans la musique.
Car Marie-Ernestine s’est amourachée du professeur de piano qui sera toujours le regret de sa vie. Il lui avait promis de lui faire passer le concours du conservatoire de Paris car elle était douée et une grande pianiste. Il était marié et avait un enfant. Ce sera le regret de sa vie entière.
Jules partira à la guerre en 1914 (un an après la naissance de Margueritte) comme tous les hommes reviendra en permission treize mois plus tard pour six jours. Il mourra à la guerre quelque temps plus tard. Alors toute la famille bâtira une épitaphe sur cet homme mort à la guerre comme un héros.
Et la fillette Margueritte, vivra sur cette idée du grand homme que fut son père. Elle jouera la fière, toisera les autres enfants et viendra chaque 11 novembre (jour où je viens de finir le livre) se recueillir devant le monument aux morts érigé dans le cimetière du village.
Puis Margueritte deviendra apprentie dans un magasin de vêtements et fera les quatre-cents coups avec Paulette devant lui apprendre le métier. Mais le patron du magasin aime les jeunes filles et aime les déniaiser. Ce qu’il fera à Margueritte. Il sera surpris par sa femme et les parents de Margueritte.
Un jour Marie-Ernestine croisera après la guerre de 1914-18 le professeur de piano et elle verra le visage défiguré et ne pourra le supporter. Elle pleurera des journées entières et s’enfermera seule dans sa chambre. Cet homme a définitivement changé et se terre chez lui. Car il y a les morts mais il y a aussi les morts-vivants qui ne se montrent plus. Margueritte qui était là au moment de la rencontre comprendra ce qu’il représente aux yeux de sa mère. Car Margueritte en cachette avait lu les lettres de son père échangées pendant la guerre et celles du professeur de piano. Elles étaient dans un tiroir, séparées par une pile de mouchoirs et enturbannées du même ruban bleu. Lettres où il parle de l’horreur de la guerre et des hommes qu’on a envoyé mourir pour rien. Il racontera qu’il s’est rapproché de Jules et qu’il a appris à l’apprécier alors qu’avant c’était un rival.
Entretemps Marie-Ernestine se remariera avec le notaire du La Bassée car Jeanne Marie ne veut pas laisser une femme seule après sa mort.
Margueritte détestera Lucien et son fils Rubens.
Elle rencontrera André qu’elle aimera sincèrement mais aura toujours ce côté fou et le laissera lorsqu’il lui offrira une bague de famille pour la demander en mariage. Elle lui écrira des cochonneries qui le laissent horrifié. Puis elle reviendra car elle est enceinte de lui et ils se marieront et vivront quelques années de bonheur. Ils auront deux enfants.
Puis la deuxième guerre mondiale éclate. Rubens et André sont envoyés sur le front de Dunkerque. Rubens rentrera quelque temps après. André restera cinq ans comme STO, travailleur obligatoire en Allemagne.
Margueritte ne peut pas vivre sans lui. Elle ira à la préfecture pour interroger les Allemands, pour savoir où est son mari et s’il est vivant. Elle se donnera physiquement à un officier allemand qui avant son départ en Allemagne la ramènera chez elle en voiture et offensera Marie Ernestine en l’obligeant à jouer du piano devant lui et sa fille. Marie-Ernestine ne s’en remettra pas. Elle quitte la maison et ne reverra pas Margueritte. La haine entre les deux femmes et la rupture sont définitives. Elles ne se reverront jamais sauf au cimetière lors du décès de Marie-Ernestine.
Margueritte à la fin de la guerre sera tondue – vengeance de Rubens.
Les enfants de Margueritte vivront chez sa mère puis au retour d’André chez lui. Margueritte aura les enfants le week-end dans la maison familiale où elle loge. Margueritte boit et amenuis sa vie. Elle mourra à 41 ans et André à 74 ans dans un asile psychiatrique.
Les enfants de Margueritte et André dont l’un est le père de l’auteur, bien des années après récupèreront la maison et finiront par y retourner et l’ouvrir. Il leur aura fallu 41 ans pour se décider à y retourner.
On peut voir que cela ressurgit sur chaque génération en s’alourdissant et en arrivant au suicide et à la mort prématurée Marie-Ernestine à 64 ans, de Margueritte à 41 ans et au suicide du père de l’auteur.
Le transgénérationnel est bien là, écrit et décrit dans sa tout splendeur. Quel récit de vies brisées et d’une France qui va de guerre en guerre et qui se fracture.
Un point intéressant aussi est la description du travail des femmes entre 1914-18 qui ont remplacé les hommes aux champs, dans la vie quotidienne, dans les usines. Et qui quand ils reviennent été déphasé avec leurs gueules cassées, estropiés ou incapables de reprendre une vie normale après ce traumatisme d’une génération sacrifiée. On peut les appeler des mères courage et en fait qui n’ont pas eu le choix.
Ce livre est un livre sur l’âme humaine, sur ses pensées tortueuses sur la vie, la mort et le parcours de vies détruites par les convenances, les obligations, les mensonges, les non-dits.
Le livre est d’une noirceur terrible, des générations de non-compréhension, de rebuffades, de haine, d’interdits et de non-dits.
Terrible vérité sur des destins qui vont s’entrechoquer sur plusieurs générations et qui vont faire exploser des vies par des silences et des incompréhensions.
J’ai adoré ce livre de plus de 700 pages, aux phrases très longues et au récit si terrible.
Paris le 18 novembre 2025.
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