
Par un bel après-midi plein de chaleur humide, je me suis rendue au temple Shinto de Takachiho, situé en plein centre de la ville.
On gare sa voiture en bas sur le parking et on entre par le grand Tori tout gris noir pour se confronter aux escaliers qui mènent au temple.



Un grand escalier, entouré de grands arbres, mène au temple et y apporte une certaine fraicheur. Les arbres ont des troncs énormes avec leurs branches élancées vers le ciel et les troncs sont enserrés de cordage de riz avec des sortes de pompons.







On dirait une forêt créée expressément pour ce temple. C’est impressionnant et écrasant. Il faut dire que ce sont des cèdres centenaires qui surplombent nos êtres.
C’est l’un des lieux sacrés les plus vénérés du Japon. Fondé il y a environ 1900 ans, ce sanctuaire est profondément ancré dans la mythologie japonaise et joue un rôle prépondérant dans l’héritage spirituel du pays. Son importance dans l’histoire spirituelle japonaise est considérable : il abrite trois générations de divinités, dont Ninigi no Mikoto, le petit-fils d’Amaterasu Omikami (la déesse du soleil) et l’arrière-grand-père de l’empereur Jimmu, considéré comme le premier empereur du Japon. Cette lignée directe avec la famille impériale confère au sanctuaire un statut particulièrement vénéré.
Des pavillons entourent le temple central et il y règne une atmosphère mystique qui émane de ce lieu chargé d’histoire. Et on le ressent fortement que ce soit le jour ou la nuit. Car il faut le visiter de jour et de nuit pour se rendre compte de cette atmosphère.
Au sein du sanctuaire, les visiteurs peuvent admirer deux grands cèdres reliés par leurs racines mais aussi par des cordes de riz tressées, symbole puissant de l’union. Selon la légende locale, faire le tour de ces arbres main dans la main avec un être cher apporterait richesse et prospérité aux descendants du couple. Tout autour des plaques de dévotion sont attachées au muret pour que ses vœux se réalisent.
Le sanctuaire se distingue par son style architectural sobre et naturel. Contrairement à de nombreux sanctuaires japonais peints en rouge vif, Takachiho-jinja présente un aspect plus terreux qui s’intègre harmonieusement à son environnement naturel. Son hall principal et sa salle de stockage sont d’ailleurs classés comme biens culturels importants du Japon.
Il est aussi incroyable de voir les pans de murs qui sont reliés à la nature, aux animaux comme les singes, les cochons sauvages et de voir un homme avec une fusil pour tirer dessus. On aperçoit aussi un très bel oiseau aux plumes magnifiquement recrées en bois et au bec acéré. Et dans un coin un prêtre en robe de prière tient une épée enfouie dans sa jupe. Et un autre en dessous a les bras au-dessus de la tête comme si le prêtre allait le décapiter.



Le sanctuaire est particulièrement célèbre pour ses spectacles nocturnes de danse kagura, considérée comme l’une des plus anciennes formes de théâtre sacré du Japon.
Le kagura (神楽) est une forme d’expression artistique et religieuse parmi les plus anciennes du Japon. Son nom signifie littéralement « divertissement des divinités », ce qui souligne sa fonction première : honorer les kami (dieux) à travers la danse et la musique. À Takachiho, cette tradition prend une dimension particulière sous le nom de yokagura (夜神楽), ou « kagura nocturne », car les représentations se déroulent traditionnellement la nuit.
La légende veut que le kagura soit né directement de l’un des épisodes les plus célèbres de la mythologie japonaise : celui où la déesse Amaterasu, s’étant réfugiée dans une grotte suite à une dispute avec son frère Susanoo, avait plongé le monde dans l’obscurité. Pour l’attirer hors de sa cachette, la déesse Ame-no-Uzume exécuta une danse extatique qui fit rire les autres divinités. Intriguée par ces éclats de joie, Amaterasu sortit de sa grotte, ramenant ainsi la lumière dans le monde. Cette danse d’Uzume est considérée comme l’origine du kagura.
À Takachiho-jinja, la version complète du yokagura comporte trente-trois tableaux différents qui racontent des épisodes de la mythologie japonaise. Cette version intégrale est présentée de mi-novembre à début février, lors de représentations qui durent toute la nuit, de 21h jusqu’à 6h du matin ! Toutefois, pour les visiteurs présents le reste de l’année, le sanctuaire propose chaque soir à 20h une version condensée d’une heure. Et il faut y aller car c’est juste magnifique et complètement dépaysant. Vous êtes assis sur des tatamis face à la scène. On y présente quatre danses principales :
Tajikara-o no mai : la recherche de la divinité cachée
Uzume no mai : l’appel à la divinité pour qu’elle sorte de la grotte
Totori no mai : l’ouverture de la grotte Amano-iwato
Goshintai no mai : la représentation de deux dieux formant l’État






Les danseurs portent des masques traditionnels et des costumes colorés aux longues manches qui jouent un rôle essentiel dans la chorégraphie. Accompagnés par trois instruments traditionnels – la flûte (fue), le tambour (taiko) et les cymbales à main (chappa) – ils exécutent des mouvements précis et symboliques qui n’ont guère changé depuis des siècles.
On est hors du temps et lorsque l’on sort par le temple on se sent des ailes et la spiritualité est si forte que cela se loge au fond de nous. Tout devient irréel, les fils de riz deviennent verts, la luminosité du temple rend tout magique et le bois vit comme ressuscité. Une atmosphère particulière règne autour de soi et le verdoyant des arbres et des lumières se fondent en un moment privilégié.







Paris le 8 février 26
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