Exposition Nicolas de Staël – MAM – Paris – Septembre 2023


Une très belle exposition sur Nicolas de Staël s’est ouverte cette semaine au MAM à Paris.

Elle retrace toutes les œuvres de la vie de Nicolas de Staël et fait écho à une exposition qui s’était tenue au Centre Pompidou en 2003 et qui m’avait profondément marquée.

J’adore cet artiste en particulier dans sa dernière période où les couleurs sont éclatantes, pétantes et où la joie s’exprime malgré une profonde dépression qui fera que Nicolas de Staël se suicidera en se jetant du haut de sa maison de Ménerbes ou d’Antibes je ne sais plus. A l’âge de 41 ans son œuvre se fracasse et nous perdons un artiste d’une puissance et d’une intensité incroyable.

Russe d’origine, né à Saint-Pétersbourg et devant fuir la révolution de 1917 avec ses parents pour se retrouver dans les pays baltes apatride. Ses parents mourront et le laisseront lui et ses frères et sœurs seuls, orphelins. Il sera adopté par une famille italienne en Belgique et sera élevé dans les plus prestigieuses écoles. Il aurait du devenir ingénieur mais contre l’avis de ses parents il sera peintre. A partir de là il va voguer à travers le monde pour trouver les couleurs seyants à ses œuvres. Il est captivé par les spectacles du monde et ne veut surtout pas être catalogué.

Ces premières années sont marquées par beaucoup de voyages en Espagne, au Maroc où il rencontre Jeannine Guillou, sa muse, sa compagne. Il fera de très beaux portraits d’elle au fusain. Celle-ci mourra en 1946 des suites d’un avortement thérapeutique. Une nouvelle rupture pour lui qui le hantera toute sa vie. Pendant cette période ils vivront dans la maison de Jeanne Bucher qui lancera Nicolas de Staël.

Il se remarie avec Françoise Chapouton et déménage près du parc Montsouris, rue Gauguet, proche de l’atelier de Braque.

Il peint des œuvres aux formes angulaires, grises, vertes et peu à peu elles deviennent plus aériennes. Les couleurs rouges, dorées apparaissent et puis ce sont les couleurs, les fleurs dans des vases s’élevant vers le ciel en blanc, bleu et rouge. Tout est fragmenté mais terriblement aérien et léger.

Son œuvre s’allège et les couleurs viennent et se décrivent dans les paysages (1952) – « des couleurs plein les mains à ciel ouvert ». Paysages de Normandie, joie de vivre on y ressent le bonheur fugace.

Le parc des Princes est une illustration. Lutte de formes où nous pouvons imaginer la lutte des joueurs.

Dans un autre style, mais proche du parc des Princes, les bouteilles dans l’atelier me fait penser à des bédouins se promenant dans un désert gris. Toutes ces formes blanches, rouges ou grises qui avancent ou piétinent l’espace comme des danseurs dans un ballet. Chorégraphie lente mais intense. De la matière en mouvement.

Cela contraste aussi avec la mer et les nuages du ciel à Honfleur où sable, mer et ciel bleu se mélangent pour ne faire plus qu’un et on ne sait plus où horizon, ciel et terre. J’adore ce tableau je le trouve émouvant.

A partir de 1953 les couleurs vont crescendo et sont d’une rare force voire violence par les tons.

Cette nature morte faite de fleurs rouges, oranges sur fond bleu. On a l’impression d’entrer dans ce tableau et de vouloir hume ces fleurs, de se les approprier pour ne plus faire qu’un avec elles.

L’arbre rouge apporte lumières blanches, vertes et rouges. C’est l’expression de la fascination de Nicolas de Staël pour la Provence, le sud et ses lumières. Il s’inspire du lieu où il achète une maison à Ménerbes. Il exprime « ses paysage des marches ». Tout est éclatant !

Puis il part en voyage en Sicile et là c’est une explosion de jaune, rouge, mauve, rose. « On peint à mille variations le coup reçu ». Tout est dit. Tout est réduit à l’élémentaire, au minimum et laisse le spectateur inventer son histoire. Son regard est inscrit dans le tableau qui se révèle à vous seul.

Les couleurs sont foisonnantes, indescriptibles, violentes et parfois d’une douceur comme ce paysage de Ménerbes en 1954. On dirait un village dans un désert surplombant le monde vide. La solitude nécessaire à Nicolas de Staël pour produire ses œuvres.

J’adore ce port de Marseille orange aves ses bateaux qui pour moi évoquent plutôt Venise et ses poteaux sur le Rialto. Disgression de ma part ! il es claquant, puissant et agressif en même temps. Spectaculaire !

Et je finirais par deux tableaux : le fort carré d’Antibes et les mouettes qui marquent la fin de vie de l’artiste – la grisaille, la solitude, la mer démontée, les tourments !

Et l’union de ses mouettes qui volent toutes ensemble dans un ciel où l’artiste s’envole.

Le 16 mars 1955 Nicolas de Staël se jette du haut du toit-terrasse de la maison où il vivait à Antibes avec son dernier amour Jeanne qui se détachera de lui, le laissant seul à sa douleur. « Je n’ai pas la force de parachever mes tableaux ».

Son œuvre restera celle d’un jeune peintre comme disait sa fille Anne de Staël. Quel dommage ! Quel souffle s’est étouffé dans son envolée et quelle tristesse de ne pas avoir pu le voir dans sa maturité.

Très belle rétrospective, courrez-y vite !

Paris le 17 septembre 23.

Lien : https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-nicolas-de-stael

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1 commentaire

  1. Exposition très réussie, c’est tout à fait vrai !

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