Les grues cendrées de Mongolie


Regarder les grues cendrées marcher de front est un véritable spectacle des yeux.

Elles se dandinent les unes vers les autres, se suivent et avancent sur leur chemin de migration.

Elles proviennent en général de la Russie et en particulier de Sibérie. Elles traversent la Mongolie pour rejoindre l’Afrique ou parfois hiberne en Corée. Elles migrent vers l’Ethiopie via la vallée du Nil pour y passer l’hiver.

Les grues cendrées représentent en Asie le symbole du retour cyclique à la vie, signalant le retour du printemps, comme les hirondelles en Europe. Pour les Japonais elles représentent la longévité voire l’immortalité car ils pensaient qu’elles vivaient des milliers d’années. Par leur monogamie, elles sont aussi l’incarnation de la fidélité. Et en Sibérie, elles sont l’image vivante de la pureté, en raison de la blancheur de leur plumage. Et pour moi, elles sont le symbole des grandes voyageuses, avec leur migration et les pays qu’elles traversent, pour rejoindre dans un sens ou dans un autre, le lieu de leurs amours.

Ces oiseaux si légers aux longues échasses noires, qui avancent à plusieurs, avec leur long cou noir et leur aigrette grise ou blanche, à l’arrière de leur tête, sont d’une élégance à couper le souffle. Leur dos, à la couleur de la cendre ou de l’ardoise, se confond souvent avec la nature. Le plumage est rehaussé de noir. Il tombe en cascade sur leur queue courte. Et lorsqu’elles marchent, elles dansent.

Elles se bécotent et offrent un ballet en quadrille léger et ordonné. On dirait des femmes papotant, tout en déambulant dans les steppes verdoyantes de la Mongolie.

Elles traversent les pistes, sans se rendre compte du danger des voitures, qui passent – et elles s’en moquent bien. A ces dernières de s’arrêter pour admirer leur beauté.

Leurs ailes repliées sur le corps, ne donnent pas la dimension de ces dernières, déployées pour l’envol. Leur poitrail, leur cou, leur gorge et leur nuque comportent des plumes noires que l’on retrouve aussi sur les ailes en arrière. Une tâche blanche, partant des yeux, descend vers l’arrière du cou.  Quelle harmonie dans leur robe de danseuse. Elles se confondent presque avec la route et le gris du ciel et des nuages.

Elancées et perchées sur leurs échasses, bien droites,  elles vont un coup  à droite et leur corps est incliné dans ce sens, puis à gauche et rebelote le corps suit la même direction.

Au détour d’une autre piste, nous retrouvons ces dames picorant l’herbe, bien verte de la steppe, non loin d’un troupeau de moutons, qui eux-mêmes, broutent. Pas effrayées pour le moins, elles continuent leur bonhomme de chemin, à déguster des grains de blé, des vers ou des insectes de la prairie. Toujours regroupées par trois ou quatre. A croire qu’elles sont en couple. Et elles le sont réellement ! Il faut dire que les grues sont monogames et qu’elles restent unies pour la vie.

Elles marchent avec une souplesse légendaire et leur démarche est royale. Elles ressemblent au paon lorsqu’il fait la roue, pour séduire sa femelle, et qu’il ouvre son plumage. Elles, ce sont juste les bouts d’ailes noires qui volent. Parfois, l’une d’elle jette un regard sur les alentours, histoire de se rassurer – point d’ennemis ou de danger potentiel. Car elles sont timides les grues !

Et nous nous les suivons du regard, hypnotisé par cette sublime déambulation ou par leurs danses acrobatiques.

Et tout à coup, l’une d’elle prend peur, coure sur quelques mètres et ouvre ses ailes pour l’envol. La deuxième la suit dans cette nouvelle danse harmonieuse. Alors on découvre la robe grise cendrée et noire qui dessinent le pourtour de ses ailes. Et là le miracle opère : les grues se lancent dans une course effrénée pour s’envoler. Les échasses se plient, le corps bascule, le long cou bien droit. On dirait assister à une parade nuptiale. Puis le calme revient et les grues regardent le paysage et nous tournent royalement le dos, nous ignorant ! Et le spectacle recommence. L’une d’elles déploient ses ailes et s’envolent. Les échasses se croisent presque à l’arrière, les ailes se déploient et la grue décolle. Voir les ailes se déployer, plier et se mouvoir est juste magnifique. Les grues alors se fondent et se confondent au paysage. Elles adoptent presque la couleur de la colline. Un fin trait dans l’air nous permet de les reconnaitre. Mais nous pouvons les voir se détacher du sol et les suivre du regard. Chaque mouvement des ailes laisse perplexe : un temps, vers le haut,  les grues font une sorte de grand V ondulant ; un temps, elles les baissent et forment une sorte de coude. Et l’ondulation reprend et se reforme.

Nous avons à nouveau croisé leur chemin, en nous dirigeant vers le nord, près des lacs blanc et Nuur. Elles se dandinaient à plusieurs, comme si elles se faisaient la cour.  Leur port était altier et elles se détachaient des collines environnantes. Puis là aussi, elles prirent leur envol, gênées par notre présence. L’une d’entre elles donna le signal du départ. Puis le long d’une rivière, elles paissaient tranquille et se rassasiaient de verdure ou d’insectes. Notre bruit les effraya et elles s’envolèrent.

Le spectacle de cet envol et du vol des grues cendrées nous laissa bouche bée. Je n’ai pas pu les lâcher des yeux et j’ai suivi leur vol un bon moment. Il se détachait sur le fond des mélèzes nous environnant. Elles volaient en se suivant ou en parallèle ou décrivant un V horizontal. L’une donnant, à tour de rôle, la route à suivre.

Majestueux – un quadrille ressortant sur le bleu du ciel.

Septembre 2018

Catégories :Asie, Mongolie, Non classéTags:, , , , , , , , ,

1 commentaire

  1. magnifique reportage! ici en france (et notamment près de chez moi en champagne), va bientôt commencer leur ballet dans le ciel et sur l’eau du lac du Der….un ballet auquel je ne manque pas d’assister chaque année dès novembre 🙂

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