Le rituel des 108 bougies au Monastère de la Félicité Tranquille – Amarbayasgalan


L’après-midi de notre arrivée au Monastère de la Félicité Tranquille, qui porte bien son nom, je me suis lancée dans un rituel que j’affectionne tout particulièrement : le rituel des 108 bougies.

Rituel que j’avais déjà effectué, à plusieurs reprises avec un ami au Népal, pour la réussite des examens de son fils, parti aux USA, ainsi que pour les huit années commémorant la mort de ma mère.

Ce rituel est un moment de recueillement, de remerciement et de prières pour ceux que l’on aime, vivants ou morts.

Le site du monastère est grandiose. Accolé aux monts Buren khan et au pied du col Toylvin Davaa, il regarde toute la plaine verdoyante et humide, devant lui.

Derrière se trouvent deux stupas : une avec les yeux de Bouddha à la manière népalaise (yeux allongés comme à Bodnath, à côté de Katmandou) et l’autre représentant Bouddha assis, stylisé à la mongole, avec un casque pointu sur la tête, recouvert d’or. Toutes les deux dominant le monastère et la vallée. Plus loin plusieurs petits stupas s’étalent et s’égrènent au pied du monastère.

L’endroit est propice à la tranquillité, à la sérénité, à la contemplation et au repos du corps et de l’esprit. L’isolement dans lequel il se trouve et la beauté des lieux ne peuvent qu’être propice à l’harmonie et la sérénité.

Je voulais honorer les dieux tibétains et demander à un prêtre de prier pour une amie qui se reconnaitra en lisant ce texte.

Réaliser le rituel des 108 bougies demande un peu d’anticipation – cela n’est pas le fort des mongols. Mais j’avais pu acheter le ghee (huile) l’après-midi au marché d’Erdenet et nous avions téléphoné au monastère pour avoir à disposition les 108 lampes à huile et les 108 mèches.

108 est un nombre sacré dans le bouddhisme. Le chiffre 1 signifie le tout ; le chiffre 0 signifie le néant ou le vide;  le chiffre 8 signifie l’infini ou l’éternité. Si l’on met toutes ces figures ensemble, le chiffre 108 exprime l’Univers, l’Éternel, le plus grand que soi. Dans l’Univers, il n’y a pas de limite, c’est tout, rien et l’infini en même temps. On mentionne pour les chakras qu’il y aurait 108 canaux énergétiques qui convergeraient vers le chakra du cœur. La sushumna (le canal principal) permettrait, lorsqu’il atteint le dernier chakra (celui de la couronne), d’aboutir à la pleine réalisation de soi, également appelée l’éveil de la conscience. Et pour continuer le Mâlâ (chapelet traditionnel bouddhiste dédié à la méditation) est composé de 108 nœuds qui représenteraient les 108 épreuves subies par le Bouddha avant d’atteindre l’illumination. Ceci correspondrait aussi aux 108 noms du Bouddha.

Pour réaliser ces 108 bougies il faut beaucoup de patience, d’adresse et de temps. Cécile et le guide partagèrent cette tâche de méditation avec moi.

Comme une recette de cuisine cela consiste en :

– Retirer les anciennes mèches qui sont brûlées et sont enfoncées dans le minuscule trou de la lampe à huile ; Et là vos doigts deviennent vite noirs !

– Prendre les nouvelles mèches, les effiler vers le bas et entrer le bout dans le minuscule trou de la lampe à huile. Jeu d’adresse pour des gros doigts ! Mais on y arrive avec un peu de dextérité et d’entrainement. Cependant on garde les doigts bien noirs, bien gras pendant un bon bout de temps.  Ongles et doigts noircis ! C’est super sexy !

– En même temps que nous réalisions le versement de l’huile dans les petites lampes, je passe mon temps à psalmodier « Om Mani Padme Hum ». Ce sera mon chant, mon cantique et mon mantra pour cet acte de recueillement.

– Nos 108 lampes à huile sont enfin prêtes pour être allumées. Le moine nous donne des longs bâtons d’encens à allumer qui nous entourent d’une sainte odeur. Nous allumons une à une les mèches. Parfois les mèches retombent dans l’huile, il faut alors recommencer à zéro !

A trois nous avons mis au moins une heure à tout réaliser. Nous nous brûlons les doigts, les bâtons s’éteignent et nous prenons alors des allumettes. Pendant ce temps, le moine installe les lampes à huile selon un ordre bien précis que le guide me traduit. Il s’agit de mettre en forme d’écriture « OM….. » le deuxième mantra après « Om Mani Padme Hum » pour honorer Bouddha.

Prodige de patience et volonté tendre de mener à bien cette prière qui vient du profond de mon cœur.

Un très joli ballet de flammes danse et se reflète. On peut voir dessiné, sur l’autel, le mantra et alors le moine commence les prières dans le monastère. La féérie est là, renforcée par la fumée de l’encens qui nous enrobe, les chants du moine, les moulins à prière qui tournent dans les mains du moine, la cloche qui sonne et rythme la prière, les thangkas dorés dans lesquelles se reflètent les lampes à huile, la statue de Rinpoché Gurdava ou bien Zanabazar qui est juste au-dessus de l’autel. Ce dernier brille et scintille des lumières des bougies.

Et à ce moment-là, une sensation très forte m’envahit et m’étreint, une émotion m’étrangle et je fonds en sanglot. Des larmes coulent sur mon visage et forment des rigoles salées qui lavent l’oppression ressentie préalablement. Et une impression d’effacement de la douleur, de la tristesse m’envahit et nettoie mon corps du poids des jours précédents. L’oubli de soi et des jours précédents difficiles s’envolent. Et tout à coup je me sens plus légère. Je respire au rythme des prières et j’entre dans une méditation apaisante. Je vais rester assise sur les bancs des moines, à écouter les prières et à respirer profondément. A revenir à moi dans un calme olympien.

Puis je refais deux fois le tour de l’intérieur du temple, histoire de repasser devant les bougies et d’avoir l’image en tête. Et nous ressortons du temple à la lumière. Contraste saisissant.

Je décide de rester sur le site et de faire l’ascension des marches pour voir le stupa népalais, pour admirer de haut, le monastère de la Félicité Tranquille. Je laisse tout le monde repartir au campement pour deux heures, être en tête à tête avec moi-même et la nature.

Et là c’est la véritable décompression. Je coupe le long du monastère et tombe sur un premier stupa avec un petit Bouddha en pierre, assis en yogi, les jambes croisées, qui a dû, dans le temps, être coloré. Je suis époustouflée par sa pureté, sa beauté et sa sérénité. Puis je continue mon chemin pour rejoindre l’escalier qui monte au stupa « népalais ».

 Un long processus de prières, de marches à monter pour atteindre au bout le stupa et le Bouddha assis avec ses cheveux bleus. Le vent souffle sur le haut de la colline. Et là les yeux de Bouddha vous regardent droit dans les vôtres et fixent votre ascension. C’est impressionnant. Je fais le tour plusieurs fois du stupa et je suis émerveillée et fascinée par ces yeux et le fait que je peux admirer le monastère en le surplombant. Le vent s’engouffre et rythme chaque tour de stupa. Les drapeaux à prière flottent à tout vent. Je les entends claquer au vent et ils ornent de couleurs le ciel bleu azur qui m’entoure. Je peux admirer la beauté du paysage, surplombant la vallée et le monastère qui s’étale au pied du stupa. On dirait que le monastère a été placé pour dominer la vallée et faire face aux envahisseurs, aux pèlerins et aux montagnes. Ces dernières ferment la plaine.

Je repense au Népal où ces yeux de Bouddha me fascinaient et me rendaient joyeuse. Je retrouve ce sentiment de « déjà » connu et de plaisir profond. J’ai juste en quelques secondes l’impression de rejoindre ce pays et de me fondre en lui. Et je suis très étonnée de voir ces Bouddhas et je comprends que c’est un hommage à Rinpoché Gurdava, un lama de Mongolie Intérieure qui se réfugia au Tibet et au Népal avant de revenir en Mongolie. Ce dernier fit rénover le monastère à partie des dons reçus et ce en 1992.

Je reste là plus d’une heure dans une contemplation admirative de la vallée, du monastère étrangement plat, dans un calme impressionnant, parfois interrompue par les mongols se photographiant.

J’ai retrouvé ce que j’avais perdu et que j’étais venue chercher en Mongolie : la spiritualité et le calme intérieur. Et je peux dire que ce fut un grand bonheur intérieur.

Le lendemain, après avoir bataillé avec le guide, le chauffeur et Cécile, nous sommes retournés au monastère pour entendre la première prière du jour, à 9h30 du matin. Ce fut un moment d’émotion car le moine vint vers moi pour me dire qu’il avait prié toute la nuit pour cette amie. Entamant les prières du matin le calme est installé en moi, je me suis mise en position de yoga, pour recevoir à nouveau ce moment de spiritualité et m’extraire du quotidien.

Ce lieu restera dans ma mémoire et je sais que je retournerais un jour là-bas pour y rester quelque temps. Le charme du monastère, de la vallée et de ses alentours a opéré sur moi un retour à la conscience et à la paix intérieure.

Je désespérais de retrouver cette spiritualité et bien c’est fait en ce magnifique endroit.

31 Aout 2018

Catégories :Asie, Mongolie, Non classéTags:, , , , , , , , , , , , ,

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