Deux jours dans le désert de Khongoryn Els


Après l’épisode de l’orage dans le désert et après être arrivés sous la pluie au camp, l’étendue désertique s’offre à nous.

Il est juste devant nous, à deux kilomètres de marche. De la porte de la yourte nous avons spectacle fulgurant !

Un joli rectangle comme une photographie verticale, avec les chameaux couchés, en boule ou en bosse, en attendant que la pluie cesse. Ils font le dos rond ou la bosse ronde ! Et derrière, en contraste, le sable blanc qui produit un effet presque réfléchissant. Le sable est déformé par des vagues qui cachent presque complètement les montagnes, en arrière-plan.  Le ciel gris, plombant l’horizon, recouvre l’entièreté et fait une chape de plomb sur nos têtes.  Le sol est brun foncé. Tout semble vraiment triste.

L’arrivée n’est pas un « Bienvenue » – dommage !

Puis le ciel se « détend » redevient plus gris clair pour laisser des trouées bleues passer. Les nuages font comme des griffures dans le ciel et une main apparait avec ses trois doigts.

Comme d’habitude le jeu des nuages, du soleil et de la pluie est une merveille en Mongolie. On ne s’en lasse pas car tout change à tout moment. Et le soleil réapparait à un moment ou un autre.

Les chameaux sont restés stoïquement couchés, corps, cou et têtes allongés. Seul un s’est mis sur ses pattes. Dans l’attente de quoi ? On peut se le demander, mais bien sûr des touristes ! Ils ont le tapis de selle entre leurs deux bosses, prêts à partir. Certains nous tournent le cul poliment mais sans apprêtement. A côté d’eux, une sorte de portique où sont posées les selles dans l’attente du touriste.

La couleur sable revient petit à petit et le paysage reprend son vrai visage. Autour des chameaux, de rares touffes d’herbes ou de grandes plantes rêches de la steppe – il doit faire bon les grignoter pour que les chameaux soient allongés si près.

Le chaland arrivant, les chameaux se retrouvent lestés d’un touriste et le départ est lancé. Le chameau se courbe vers l’avant, le touriste avec et la mélopée se relève d’un seul coup en arrière. Jolie ballet qui peut donner le mal de la méharée ! Balade en vue pour tout le monde ! C’est parti. Et nous, nous restons face à la mer de sable, à contempler un paysage idyllique, reposant et rassurant.

Repos des guerriers après une dure matinée de voiture – tout le monde pique un somme, dos tournés vers le centre de la yourte et culs offerts à mes yeux. Trois sur quatre font un somme et moi je lis Yeruldelgger de Ian Manook, pressée de connaitre les épisodes suivants. Je suis morte de rire du spectacle offert et je m’amuse même à les filmer telle je trouve cela drôle. La chaleur est écrasante et la léthargie bien agréable. Elle remplit l’espace malgré les rideaux qui s’agitent, volent allègrement et donne une impression de fausse fraîcheur. Allongée et contemplant le spectacle – un fou rire silencieux me prend.

Puis quand tout le monde se réveille un autre spectacle se joue devant nous : le déménagement de la yourte d’un point du campement à un autre. Là cela vaut le déplacement et la photographie. On dirait un escargot ou une tortue qui se déplacent sur le sable et s’enlisent par moments.

Soulever une yourte à une trentaine de personnes, en ayant bien avant retiré tous les meubles la composant. Et hop ! D’un seul homme et en même cadence, un premier pas, puis un deuxième. On voit alors la yourte, de bric et de broc, avec un air un peu penché, voire déstructuré, avancer lentement. Arrêt sur image et on recommence. Ceci pendant un certain temps jusqu’à la destination finale. Ça prend du temps et il ne faut pas la déplacer trop vite et loin. Le risque étant qu’elle se désarticule et que l’édifice s’écroule. Cela ne marche pas pour changer de pâturages!

Je suis restée à regarder ce mouvement ondulant et envoûtant de la yourte, des mille pattes qui la faisaient avancer, tout en douceur, tout en lenteur, pour éviter le risque de la faire exploser en route. C’était bluffant !

Puis la soirée approchant nous avons été pris d’une envie d’aller regarder le coucher du soleil des dunes de Khongoryn Els. Nous avons atteint par des pistes les dunes et franchis à pieds une rivière dont émanait une odeur nauséabonde. Passé l’endroit nous nous sommes rués vers les dunes, nous y sommes enfoncés et avons fini par glisser nos pieds dans le sable et nous écraser sur les dunes. Quel moment de bonheur ! La fraîcheur du sable, son enveloppement abrasif, faisaient la peau douce à nos petits petons. Le vent faisait voler et courir sur nos peaux les grains du sable chaud. Un gommage agréable et surprenant.

 Et le spectacle du coucher de soleil orangé s’est offert à nos yeux tout grand ouvert. Le sable avec le vent sifflait, caressait et chahutait nos oreilles. Allongées sur le sable nous regardions comme « le Petit Prince » de Saint Exupéry ce monde qui s’offrait à nous.  Tout le dessus des dunes était couvert par un sillon rond orangé avec en son centre le jaune éclatant. Au fur et à mesure, le soleil devenait de plus en plus mauve et s’étalait, enveloppant les dunes d’une douce lumière rosacée mauve.

Le sable redevint rosacé puis recouvra sa couleur d’origine. Nos pas dans le sable faisaient un décor de soucoupe de pieds traçant nos parcours et nos danses de sioux. Les dunes avaient perdu leur virginité.

Les dunes éternelles n’avaient pas bougé de place et leurs formes étaient identiques.

Le lendemain rebelote – lecture, repos et dunes. Mais là nous avons été plus entreprenants. Nous avons démarré plus tôt et surtout nous avons escaladé les dunes pour voir l’autre versant.

Nous avons retraversé le lit de la rivière puis la partie marécageuse mal odorante pour trouver au milieu un cheval broutant les herbes humides gouteuses.

En fond les dunes pentues, creusées et arrondies nous faisaient face. Nous sommes reparties à l’assaut et avions devant nous du sable rose ou bien couleur sable. Des trous, des vallons, de pentes et des montées s’offraient à nous. Nous avancions pour atteindre le haut de la première dune et voir l’autre versant. Une première arrête dépassée nous continuons à nous enfoncer ou bien à glisser. La fatigue nous prenait par moment. Marcher sur le sable demande un effort surhumain ! Et nous faisions une pause. Assis dans le sable nous regardions le paysage qui sur des kilomètres semblait identique. Mais que nenni, les dunes dansaient, virevoltaient, s’affalait pour rebondir et créer des dessins de U, de vagues. Ou comme un ombilic humain offrait un ventre plat à nos yeux. Nous repartions à l’assaut du cône et de la crête qui étaient devant nous formant une sorte de L.

En fond la lune apparue : quart de lune. Elle brillait et restait au-dessus de nos têtes.  Le coucher de soleil pointait son nez. Nous sommes redescendus pour pouvoir le regarder d’un point plus bas. Et puis le ciel s’est mis à rougeoyer, à flamber à travers des nuages qui se profilaient. Le sable s’est métamorphosé et a rosit.

Un nuage ressemblant à un étrange animal mi-scorpion mi-animal astrologique nous surplombait.

Puis nous sommes redescendus pour retraverser la poutre en bois qui vacillait et s’enfonçait dans le marécage et je suis partie marcher pour voir les chevaux brouter avec les dunes en contre-jour ; regarder l’éclat du soleil mourir devant nous.

Juste fabuleux comme impression d’infini et de décor ondoyant.

Aout 2018

Catégories :Asie, Mongolie, Non classéTags:, , , , , ,

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